La deuxième rencontre régionale du groupe d’intervention judiciaire SOS Torture s’est ouverte lundi 7 juillet, à Cotonou, en présence d’avocats et de défenseurs des droits humains venus de plusieurs pays africains. Organisée par l’Ong Changement social Bénin en partenariat avec le Collectif des associations contre l’impunité au Togo (Cacit) et l’Organisation mondiale contre la torture (Omct), cette rencontre vise à renforcer la lutte contre la torture et les mauvais traitements sur le continent.
À l’ouverture de cette rencontre, le président du conseil d’administration de Changement social Bénin, Ralmeg Gandaho, a exprimé sa satisfaction de voir se tenir cette session au Bénin, saluant « la co-organisation et le copilotage avec la Cacit, qui, depuis des années au Togo, conduit ce processus » notamment la lutte contre la torture. Il a souligné que le groupe d’intervention judiciaire représente un « outil de plaidoyer juridique », permettant d’engager un dialogue avec les autorités, y compris lorsque « le plaidoyer classique se heurte à des portes closes ».
Selon lui, cette rencontre constitue une opportunité pour les défenseurs des droits humains de mutualiser leurs efforts face à un « recul préoccupant » de l’universalisme des droits humains. « Nous accueillons aujourd’hui, avec fierté, des avocats et défenseurs des droits humains de carrière », a-t-il déclaré, évoquant la participation de délégations venues notamment du Tchad, de la RDC, du Congo-Brazzaville, du Burundi, du Rwanda, du Burkina Faso, du Niger et de la Côte d’Ivoire.
Ralmeg Gandaho a également indiqué que des actions de plaidoyer sont prévues auprès d’institutions nationales afin de mieux faire comprendre le rôle des organisations de défense des droits humains comme « acteurs d’accompagnement » des États.

Pour Me Claude Amégan, président du Cacit, cette rencontre est une suite logique de la première tenue à Lomé en 2017. « Pour la deuxième fois, ce groupe d’éminents avocats se retrouve afin de faire avancer ensemble la lutte contre la torture », a-t-il déclaré. Il a rappelé l’appel de la rapporteuse spéciale des Nations Unies à l’occasion de la Journée internationale de soutien aux victimes de torture : « Le combat mondial pour chaque victime est loin d’être terminé ».
Me Amégan a insisté sur l’importance d’élaborer « des stratégies globales qui mobilisent la société civile et les acteurs étatiques », plaçant la dignité et les droits des victimes au cœur des actions. Il a précisé que « cette tribune n’est pas dirigée contre les États, mais elle se veut un espace de dialogue, de partage et de construction collective d’un avenir pacifique ».
Des défis majeurs à relever
Depuis sa création en 2019, le groupe d’intervention judiciaire a permis de déposer une dizaine de plaintes devant des mécanismes régionaux et internationaux, notamment la Cour de justice de la Cedeao. Certains dossiers ont abouti à des décisions favorables aux victimes. « Le contentieux stratégique est un levier efficace dans la lutte contre la torture », a reconnu Me Amégan.
Cependant, de nombreux défis persistent, notamment l’accès limité à la justice, à l’information, ou encore la persistance de la brutalité policière. Le premier Index mondial de la torture de l’Omct révèle que 60 % des pays africains évalués, dont le Togo, présentent un risque élevé d’actes de torture ou de mauvais traitements.
Isidore Ngueuleu, responsable du bureau Afrique de l’Omtc, a appelé à inscrire cette rencontre dans l’histoire du continent. « Ce que nous faisons aujourd’hui peut sembler insignifiant. Mais c’est aussi notre manière d’écrire l’histoire de nos pays dans le silence », a-t-il souligné. « Plus jamais tu ne seras un esclave. Dorénavant, tu seras libre, fier et digne de vivre sur la terre de tes ancêtres » a-t-il conclu.
