En marge de l’ouverture à Ouidah d’une formation cruciale pour 19 experts africains, le directeur du Centre régional des Nations Unies pour la paix et le désarmement en Afrique (Unrec) a détaillé les ambitions de ce programme inédit. Créé par une résolution de l’Onu adoptée en 2024 pour répondre à l’urgence sécuritaire, ce cycle de formation vise à constituer une puissante expertise continentale sur le contrôle des armes légères et de petit calibre. Face à la menace terroriste et à la diversion des stocks militaires, le programme de bourse met l’accent sur la pratique : les boursiers, militaires, policiers et diplomates venus de tout le continent, participeront concrètement à Ouidah à des exercices de marquage et de destruction d’armes, une compétence clé pour sécuriser la région.
Bénin Intelligent : Monsieur le directeur, présentez-nous l’Unrec
Monsieur Anselme Nahmtante Yabouri : L’Unrec, Centre Régional des Nations unies pour la paix et le désarmement en Afrique, qui est donc le bureau pour l’Afrique du Bureau des Nations Unies pour les affaires de désarmement. L’Unrec c’est un centre qui a été établi depuis 1986 par une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies suite à une demande introduite en 1985 par à l’époque l’Organisation de l’unité africaine (Oua) qui avait sollicité des Nations Unies, l’installation d’un tel centre pour appuyer les Etats africains en matière de contrôle des armes, de non-prolifération et de désarmement.
C’est un moment où il y avait un certain nombre de guerres civiles qui se développaient sur le continent et donc l’Oua avait jugé nécessaire de solliciter l’appui des Nations Unies en la matière. L’Assemblée générale des Nations unies a tellement aimé l’idée qu’il a décidé de créer le centre non seulement pour l’Afrique mais également de généraliser l’initiative. C’est ainsi que nous avons également un centre qui a été créé par cette même résolution de l’Assemblée générale pour l’Amérique Latine et les Caraïbes qui est basé à Lima au Pérou et un autre centre pour l’Asie et le Pacifique basé à Katmandou au Népal.
Vous l’avez rappelé tout à l’heure dans votre allocution, la résolution de l’Onu qui encourage cette bourse de formation date de l’année dernière seulement alors qu’on sait que depuis des années déjà les armes légères circulent en Afrique massivement. N’est-ce pas tardif ?
En réalité il y a eu plusieurs résolutions des Nations Unies qui ont examiné différentes facettes de la question de la circulation illicite des armes. Il y a par exemple le programme d’action des Nations Unies qui est en cours depuis un certain nombre d’années et qui a encouragé d’ailleurs les États membres à mettre sur pied des points focaux ou des commissions nationales de lutte contre la prolifération des armes légères de petit calibre. Et c’est dans ce cadre-là par exemple que le Bénin s’est doté de sa propre commission qui fonctionne très bien.
La résolution qui nous concerne a été passée l’année dernière en réalité suite à la demande de plusieurs experts des États membres, notamment les experts africains qui estimaient que face à la montée en puissance de certains groupes armés, notamment les groupes terroristes, qu’il fallait que les Nations Unies prennent des dispositions pour apporter un appui en termes de renforcement des capacités de formation aux experts des États membres pour mieux les outiller.
Mieux les outiller pour les négociations multilatérales en matière de contrôle des armées et de désarmement. Mieux les outiller également pour eux-mêmes prendre des dispositions au niveau national sur le plan réglementaire et sur le plan procédural mais également de façon pratique pour mieux contrôler les stocks d’armes.
D’abord des unités des forces de défense et sécurité pour éviter que celles-ci ne soient détournées. Vous verrez par exemple que les groupes terroristes ont tendance à attaquer les camps militaires et les postes de police, de gendarmerie. Mais également prendre des dispositions pour mieux s’en prendre également aux crimes organisés qui procèdent au trafic de ces armes et à la circulation de ces armes illicites.
Et s’en prendre enfin aux groupes armés, groupes rebelles, groupes d’auto-défense incontrôlés et groupes terroristes également qui utilisent ces armes illicites malheureusement pour faire beaucoup de torts. Non seulement aux institutions nationales mais surtout et avant tout aux populations et aux communautés locales. Donc l’Assemblée générale a pris cette résolution qui a mis en place ce programme de bourse de formation qui est décliné région par région. Et c’est la première fois que nous la mettons en œuvre pour la région Afrique.
La formation a commencé avec deux semaines au Togo, elle se poursuit et se termine avec une semaine ici en Afrique.
Pourquoi l’Assemblée générale de l’Onu a-t-elle voulu qu’elle se décline région par région ?
C’est pour pouvoir également bénéficier des opportunités, des centres de formation qui existent sur les différents continents et des expertise locales. Et notamment le Bénin est doté du Cpadd qui est un centre de formation de référence en matière de déminage et de questions de sécurité.
C’est la raison pour laquelle nous nous sommes rapprochés du gouvernement du Bénin qui a bien voulu mettre à nos dispositions le centre et ses experts pour accompagner cette formation de boursiers.
Nous avons donc des boursiers qui viennent de toutes les cinq régions de l’Afrique. Donc Afrique australe, Afrique de l’Est, Afrique du Nord, Afrique centrale, Afrique de l’Ouest.
Quel est le profil des bénéficiaires de la formation ?
Nous avons 19 boursiers au total qui ont été sélectionnés cette année dont 7 femmes. Donc vraiment c’est une variété de profils. Nous avons des militaires, nous avons des policiers, nous avons des douaniers, nous avons des diplomates.
Nous avons également des agents de l’administration publique qui sont en charge de ces questions de contrôle des armes et de désarmement. Et c’est vraiment une belle brochette de boursiers pour cette première année. Nous sommes très reconnaissants au gouvernement béninois d’avoir accepté d’abriter cette formation au Cpadd à Ouidah sur le sol béninois.
En quoi consiste concrètement la formation ?
La formation va les outiller à un certain nombre d’outils. Les outils par exemple pour leur permettre de comprendre les traités et conventions internationales sur les questions de contrôle des armes légères de petit calibre illicites. Et même aussi des armes légères de petit calibre qui sont sous le contrôle des forces de défense et sécurité pour notamment mieux assurer leur contrôle et éviter que cela ne soit détourné soit par les groupes criminels, soit par les groupes rebelles et terroristes.

L’étape du Bénin et donc de Ouidah ici est une étape importante. Parce qu’ici ce n’est pas seulement la théorie, ils vont toucher du doigt de façon concrète comment se font certain nombre de choses, notamment comment se fait le marquage, le traçage, l’enregistrement des armes légères et de petit calibre, les différents protocoles qui permettent de s’assurer que les armes qui sont en possession de la police, de l’armée, de la gendarmerie selon les pays ou des douanes. Comment procéder pour que ces armes soient tracées, soient bien conservées en toute sécurité pour éviter qu’elles ne soient détournées par les groupes criminels pour finir dans de mauvaises mains.
À l’étape de Ouidah ici, ils vont procéder à des exercices concrets de marquage des armes et même de destruction aussi. C’est-à-dire quand les armes sont saisies, comment on procède pour les détruire. Pas seulement de façon théorique, ils vont aller avec les machines de destruction, ils vont faire quelques destructions des armes.
Le centre de Ouidah est également réputé pour ses activités en matière de dépollution et de déminage et de lutte contre les Ied (engins explosifs improvisés) qui sont très populaires parmi les groupes terroristes. Et ça aussi c’est des formations pratiques, c’est des éléments pratiques qui vont permettre d’outiller les boursiers en la matière sur ces domaines-là.
Voilà pourquoi le centre de Ouidah est très important. Et c’est pour nous un plaisir vraiment de tirer profit de ces centres de référence qui sont présents sur le continent africain, de sorte que les pays africains participent également, qu’ils ne soient pas seulement consommateurs mais qu’ils soient également producteurs, qu’ils participent réellement à ces dialectiques de formation des experts africains.
Des experts africains qui sont formés, par des experts qui viennent de partout dans le monde, mais qui sont formés également dans des centres africains avec la participation d’autres experts africains.
In fine, cela permettra donc d’avoir du personnel plus opérationnel pour les pays africains, du personnel qui sera mieux capable de négocier lors des traités multinationaux pour défendre les intérêts de leur pays et la sécurité de leur population, mais également d’avoir plus d’experts africains pour pouvoir prendre part au groupe d’experts des Nations Unies, parce que malheureusement parfois sur ces questions très pointues de contrôle des armes, de non-prolifération, de désarmement, lorsque les Nations Unies mettent en place des groupes d’espèces, demandent aux États de proposer des experts pour y participer, il n’est pas toujours facile de trouver des Africains qui ont l’expertise nécessaire et que le gouvernement peut mettre à disposition des Nations Unies.
Ce genre de formation permettra vraiment d’outiller les experts africains et permet donc au gouvernement de pouvoir mieux participer aux groupes d’experts des Nations Unies.
Merci Monsieur le Directeur.
