Les coulisses de l’organisation de la cinquième édition des « Journées médias du Bénin », édition post-Covid-19. Le Directeur de publication du quotidien Bénin Intelligent, Sêmèvo Bonaventure Agbon, membre du comité d’organisation les a dévoilées vendredi 2 juin sur le numéro 376 de Café Médias Plus modéré par Venance Tonongbé. Occasion également de revenir sur le sens, les perspectives et les défis de cette initiative portée par l’association Elan médias depuis 2016.
Propos recueillis par Arnauld KASSOUIN
Venance Tonongbe : Qu’est-ce que vous êtes allés chercher à Grand Popo ? Est-ce qu’on a juste parlé de séminaire de formation pour aller profiter des belles vues, du sable mouvant de là-bas ?
Sêmèvo Bonaventure Agbon : Ç’aurait été le souhait. Parce que très souvent nous sommes pris par la recherche et le traitement de l’information que parfois nous manquons du temps pour nous divertir. Même les weekends, les dimanches certains sont réquisitionnés pour suivre telle ou telle émission et en rendre compte dans les quotidiens. Ou il faut assurer telle couverture d’événement. Donc l’idée c’est de délocaliser ce séminaire de formation loin de Cotonou pour que nous puissions nous éloigner un moment du micro, de la caméra, de la plume. Pour nous divertir tout en renforçant notre culture. Notre déontologie dit que le journaliste, ce n’est pas un omniscient ; avant d’entreprendre un travail journalistique il s’informe, se cultive. Ce n’est pas quelqu’un qui sait tout. Le journaliste a besoin lui-même d’être informé avant d’informer à son tour.
Donc c’était l’idée, l’ambition qui nous a amené à envoyer cette dernière activité des JMB 2023 loin de Cotonou. Même si nous n’avons pas eu assez de temps, les participants se sont quand même amusés. C’était prévu qu’elle dure trois jours, c’était notre objectif de départ mais compte tenu des moyens on a dû compresser pour se contenter d’une seule journée. Mais c’était quand même un franc succès surtout grâce au parrainage du président Louis Vlavonou.
Venance Tonongbé : Les JMB, c’était quand même la 5ème édition…
Evidemment ! Cette question me permet d’aborder le volet financement. Une activité de cette envergure-là exige le minimum. J’avoue que nous nous sommes rapprochés de plusieurs structures en vue d’avoir leur accompagnement, mais beaucoup nous ont fait le retour selon lequel nous ne les avons pas approchées le plus tôt ; et que elles n’avaient pas prévu cette ligne dans leur budget. Elles nous ont donc suggéré de les approcher un peu plus tôt à l’avenir. Si nous leur envoyions un projet déjà à partir de décembre ou janvier cela va leur permettre de nous prendre en compte dans leur programmation.
Venance Tonongbé : Oui mais il y a eu la troisième édition, la quatrième…Comment avez-vous fait pour que cette édition ne soit pas intégrale ?
Je ne dis pas que la 5ème édition n’a pas été une réussite. Elle a été un grand succès. Il y a eu le parrainage quand même du président de l’Assemblée nationale, qui s’est même déplacé jusqu’à Grand Popo pour procéder à l’ouverture officielle de l’atelier de formation sur les changements climatiques et le rôle de la presse pour une population résiliente. Donc cette édition a été un vrai succès.
Contrairement aux autres éditions, c’est la première édition des JMB qui a été étalée sur tout le mois de mai. Les activités ont commencé depuis le 3 mai et c’est le 26 mai que nous avons connu le clou à Grand Popo. Alors que les éditions précédentes les activités étaient juste étalées sur une ou deux semaines.
Si l’association Elan média avait pu mobiliser davantage de moyens on pourrait faire descendre des confrères du centre et du nord Bénin ; la presse béninoise, souvent on se concentre à Cotonou. Or le Bénin va de Cotonou jusqu’à Parakou, au nord un peu partout. Cette édition, compte tenu de l’exiguïté des moyens mobilisés l’association n’a pas été en mesure de faire venir des confrères/consœurs d’autres contrées du pays. C’est pour cela que je parlais surtout de moyens.

Vue des participants à la causerie de Café médias Plus
Venance Tonongbé : C’est quand même l’édition post-Covid-19. Vous avez dit que les activités ont été étalées sur un mois, mais ce qu’on n’a pas remarqué, ce à quoi Elan média nous a habitués, c’est quand même le ‘’village des médias’’ au Stade Mathieu Kérékou. Comment est-ce que vous dites édition post-Covid, vous avez étalé les activités sur un mois et on n’a rien vu à ce niveau-là. Ça m’a vraiment manqué.
Le village des médias a manqué à tout le monde, y compris moi-même et la présidente de l’association Élan Média, madame Jisleine Adimi. Vous savez que l’organisation du ‘’Village des médias’’ nécessite beaucoup de moyens, que cela soit sur le plan logistique, financier et humain.
Venance Tonongbé : Je rappelle que les JMB c’est édition 5 ; 5 étoiles de la qualité.
Il y a là également la question des moyens. Parce que, au regard du budget, on s’est rendu à l’évidence que si on doit organiser le village des médias, on sera obligé de supprimer d’autres activités importantes. Parce que le village des médias à lui seul aspirait beaucoup de moyens. Donc nous nous sommes dit que, puisque c’est l’édition post-Covid on peut toujours y revenir.
Venance Tonongbé : Du coup le public est privé des activités. Quand je parle de public, je ne parle pas de vous et moi, journalistes. Le village des médias permettait, au-delà des autres confrères, à nos téléspectateurs, lecteurs et nos internautes de venir nous suivre.
Il y a quand même eu beaucoup d’autres innovations qui compensent largement l’absence du village des médias.
Lesquelles ?
Je prends l’immersion médiatique. Avant c’était les professionnels des médias d’un organe donné qui allaient visiter une autre rédaction. C’était l’inter mobilité entre les rédactions. Or cette année nous avons fait appel à des acteurs de la société civile, à des personnalités et experts qui ont été reçus dans des rédactions et qui ont fait la lumière sur leur combat, leur fonctionnement. Donc cela compense largement, à mon sens, l’absence du village des médias.
Je rappelle que neuf médias, radios et télévisions ont participé à cette immersion.
Sauf que, il n’y a pas que radios et télévisions au Bénin.
Effectivement, la question de l’implication de la presse écrite a été assez débattue. Moi je suis journaliste d’une presse écrite. Nous avons compris personnellement qu’avec l’audiovisuel, c’est plus aisé ; parce que si vous envoyez une personnalité dans un média presse écrite dans le cadre des Journées médias du Bénin, elle va là-bas pour faire quoi ? pour donner un entretien ?
Non, mais cette personnalité saura qui est le rédacteur en chef, qui est le DP, elle sait comment le travail se fait.
Oui, elle s’informe sur le fonctionnement interne du journal et ça reste à l’interne. On ne voit pas l’effet au-delà.
Venance Tonongbe : Non, l’effet c’est que, je ne parle même pas de personnalité publique. Je parle de « monsieur tout le monde ». Quand il va là-bas et il voit la fabrique de l’information, le processus. Quand il voit, ça participe à l’éducation aux médias. Quand il voit comment on traite l’information, parce que souvent on nous reproche d’avoir publié telle ou telle information, qui n’est pas illustrée avec telle photo. Lorsque le citoyen lambda va dans une rédaction et on lui montre comment ça se passe il comprendra que, il y a un choix qui se fait en tenant compte de notre éthique, de notre déontologie. Ce qui fait que demain il n’y aura plus de lynchage. Le public ne sait pas qu’on ne peut pas tout publier : des photos sensibles, par exemple.
J’admets que votre observation est très pertinente. Mais ne voyez-vous pas que le ‘’village des médias’’ aurait pu permettre de régler plus facilement cette question-là, cette éducation aux médias ? Le village où les professionnels sont là, de même que « monsieur tout le monde » comme vous le dites vient aussi, il discute avec le DP, Red. Chef ou même un simple journaliste. Je pense que là on aurait gagné beaucoup plus en visibilité et on aurait embrassé un public plus large. Nos rédactions peuvent-elles accueillir combien de « monsieur tout le monde » ?
Même si c’est deux ou trois personnes, elles peuvent venir.
Je suis d’accord, nous prenons note des observations pour que l’édition 6 soit celle de la maturité et avec beaucoup plus d’autres innovations.
Que retenir des Journées médias du Bénin 5ème édition ?
Il y a eu cinq grandes activités. Le beach volley, l’initiation à la pétanque à Djadjo, l’atelier de formation, le pique-nique tenu à la plage de Fidjrossè…
Vous m’avez vu ? Je n’ai pas eu l’information.
Ne vous exposez pas, parce qu’un professionnel des médias ne doit pas attendre une invitation particulière avant de se joindre à cette activité qui est la plus grande manifestation aujourd’hui des professionnel.les des médias au Bénin.
Pourtant vous avez dit qu’il y a un budget
Pour le séminaire de formation, je suis d’accord qu’on a été obligé de sélectionner parce que c’est quand même Grand Popo. On ne peut pas demander à un journaliste, juste parce qu’il est journaliste de marcher de Parakou par exemple pour nous rejoindre à Grand Popo. Il faut faire les choses à dimension humaine.
Contrairement aux autres éditions, c’est la première édition des JMB qui a été étalée sur tout le mois de mai. Les activités ont commencé depuis le 3 mai et c’est le 26 mai que nous avons connu le clou à Grand Popo. Alors que les éditions précédentes les activités étaient juste étalées sur une ou deux semaines. Si l’association Elan média avait pu mobiliser davantage de moyens on pourrait faire descendre des confrères du centre et du nord Bénin ; la presse béninoise, souvent on se concentre à Cotonou. Or le Bénin va de Cotonou jusqu’à Parakou, au nord un peu partout.
Mais pour les autres activités, l’initiation à la pétanque par exemple moi je n’ai pas attendu une invitation. On peut m’opposer mon statut de membre du comité d’organisation. Mais je pense que sur ce volet, quand il y a quelque chose qui nous touche, qui concerne nous les médias il faudrait que nous y répondions.
J’ai constaté que nous les journalistes nous servons les autres et nous nous asservons souvent. Quand il y a inondation quelque part, vous allez voir débarquer les caméras, les trépieds, enregistreurs. Je ne suis pas contre, nous sommes là pour le public…
Bonaventure, je prends le pique-nique. Il faut qu’il y ait à manger, à boire…
Le pique-nique, il faut que j’explique le concept. Le pique-nique, ce n’est pas dans le format que bon, l’association Elan média va décaisser un milliard pour apprêter des glacières, des boissons. Ce n’est pas cela. Certes, elle a prévu un rafraichissement, moi j’y étais et à partir d’une certaine heure les boissons étaient livrées aux participants. Le pique-nique dans notre pensée, c’est que chaque professionnel.le vient avec ce qu’il peut apporter, il peut s’agir d’un biscuit de 100F ; il vient, il l’ouvre, il partage un ou deux morceaux avec un confrère à côté et il profite de l’occasion pour faire la connaissance des autres confrères ou consœurs.
J’avoue que la corporation se renouvelle. Ceux qui sont présents à ce numéro de Café médias Plus je suis incapable de reconnaître trois parmi eux alors que ce sont mes confrères et consœurs. Ainsi nous risquons de nous brouiller à Dantokpa, ignorant que nous relevons du même couvent, corporation. Donc les Journées médias du Bénin, c’est surtout cela : nous nous retrouvons sur les activités, loin du stress lié au travail et nous nous familiarisons l’un avec l’autre.
Lors de l’initiation à la pétanque j’ai fait la connaissance d’une consœur du quotidien ‘’La Boussole’’. Ce journal, je lisais seulement la Une sur les réseaux sociaux. Donc les Journées médias du Bénin nous permettent de nous connaitre. Parce que, la presse béninoise, si on ne se connait pas comment on peut se fédérer autour des idéaux donnés, autour des combats donnés ? ce n’est pas possible. La confraternité, à mon sens, passe par aussi la connaissance, la connaissance de soi, la connaissance de ses confrères et consœurs ; c’est très important.
Quelles sont les perspectives ?
La première chose, c’est déjà de maintenir le flambeau, pour que chaque année cette activité se tienne. Les Journées médias du Bénin nous permettent de célébrer autrement la Journée internationale de la liberté de la presse. Cette journée c’est déjà un acquis. Si je pars de ce postulat, les JMB aussi devraient entrer dans les habitues. Ainsi, chaque année, chaque professionnel.le à son niveau doit se demander : « cette année nous organisons les Journées médias du Bénin comment ? » J’avoue que nous sommes nombreux. On a eu plus de 200 participants si on cumule les statistiques pour toutes les activités organisées dans le cadre de cette édition.
Parce que, la presse béninoise, si on ne se connait pas comment on peut se fédérer autour des idéaux donnés, autour des combats donnés ? ce n’est pas possible. La confraternité, à mon sens, passe par aussi la connaissance, la connaissance de soi, la connaissance de ses confrères et consœurs ; c’est très important.
Si chaque journaliste prend l’initiative comme la sienne, vous voyez que nous irons de l’avant. Dans son allocution à Grand Popo la présidente Mme Jisleine Adimi a souhaité que la prochaine édition soit organisée à Porto-Novo dans l’enceinte même de l’Assemblée nationale. Puisqu’on a déjà l’objectif en vue, il faudrait que dès maintenant nous commencions par investir dans la concrétisation.
Les perspectives également, c’est de décentraliser. Je reconnais que la 3ème édition a été celle de la décentralisation, puisque elle a été organisée simultanément à Parakou et à Cotonou. Je pense qu’il faut ramener cette formule. La presse béninoise ne le limite pas qu’à Cotonou. Quand je voyage vers Bohicon, Dassa, et autres et je rencontre les professionnel.les de ces régions, leurs impressions c’est que nous avons tout caporalisé à Cotonou. Eux ils raisonnent ainsi, ce qui ne devrait pas être le cas. Car pour le moment, les JMB constituent la plus grande manifestation des professionnelles des médias du Bénin. Il faut qu’elles soient inclusives. Il faut penser à des éditions décentralisées, délocalisées loin de Cotonou pour permettre aux autres de se sentir pris en compte, de se sentir considérés.
Quel est l’objectif réel de l’association Élan Médias ?
Quand on parle de Journée internationale (de la liberté de la presse) dans nos pays africains, elle se résume souvent à la déclaration officielle d’un(e) ministre ou un cadre de l’administration. Puis on s’arrête là. Donc nous, professionnels de la presse, cette journée nous concerne.
L’idée des fondateurs est de célébrer autrement la Journée internationale de la liberté de la presse. Comment ? On se retrouve, on renforce nos liens de confraternité, on discute et on parle des problèmes qui minent notre corporation. On se cultive également. C’est en cela qu’interviennent les séminaires de formation.
À Grand-Popo, moi je n’étais pas un spécialiste des Objectifs de développement durable (Odd) encore moins des changements climatiques. Pourtant j’ai suivi avec attention singulière les communications des experts. Et j’ai eu beaucoup d’enseignements. Que ce soit sur le financement vert ou sur les conventions de lutte contre la désertification et les changements climatiques, l’Accord de Paris, les Conférences des parties (Cop).
Ce sont des connaissances basiques dont nous avons besoin en tant que journalistes. Si quelqu’un nous interpelle un jour, par exemple, sur ce que signifient les Objectifs de développement durables, il va falloir le satisfaire. Celui-là qui est un profane, qui ne sait pas qui est journaliste culturel ou économique, allons-nous lui dire de patienter que nous contactons d’abord un confrère ou un spécialiste de l’environnement ? Mais tu te ridiculises. Comprenons que le journalisme, c’est un métier qui s’installe au carrefour de toutes les sciences, juste parce que nous sommes des médiateurs de la connaissance.
Au Bénin, malheureusement, tout journaliste a tendance à être spécialiste de tout. Une « fausse omniscience » qui déteint sur la qualité des productions. Soit les productions sont émaillées d’incongruités, soit on sent nettement que l’auteur n’a pas le vocabulaire approprié, la richesse lexicale qu’il faut pour aborder le sujet en question. Un journaliste ne peut pas être spécialiste de tout.
Cette question me permet aussi de rappeler l’exhortation du vice-président de l’association Elan média, M. André Dossa. Dans son mot de clôture à la formation de Grand Popo, il a invité les participants à se spécialiser dans un domaine donné. Quelqu’un qui se présente « Je suis journaliste… » la phrase ne doit pas s’arrêter là. Elle doit se poursuivre « Je suis journaliste spécialiste de… ». Au Bénin, malheureusement, tout journaliste a tendance à être spécialiste de tout. Une « fausse omniscience » qui déteint sur la qualité des productions. Soit les productions sont émaillées d’incongruités, soit on sent nettement que l’auteur n’a pas le vocabulaire approprié, la richesse lexicale qu’il faut pour aborder le sujet en question. Un journaliste ne peut pas être spécialiste de tout.
Qu’est-ce qu’on peut retenir de votre passage sur Café médias Plus ?
Il faut retenir que l’association Élan Médias, qui est l’organisatrice des Journées médias du Bénin, a relevé déjà cinq défis. Quand je parle de défis, je mets en exergue les cinq éditions des Journées médias du Bénin. Et elle compte aller bien plus loin. Elle compte surtout sur la mobilisation et sur les propositions des professionnel.les des médias.
Parce que la cible prioritaire dans le cadre de cette activité, c’est nous, professionnel.les des médias. Puisque c’est une activité organisée par nous et pour nous. La force des médias dans la construction démocratique, dans la participation citoyenne au développement, n’est pas à négliger au XXIe siècle. Mais pour que cela soit effective, il faut que nous-mêmes nous soyons conscients que nous avons une force. Et que nous travaillons à ce que l’impact de cette force soit visible de l’extérieur.
Donc, je voudrais, au nom de la présidente qui a voulu me dépêcher ici, inviter tous les professionnel.les des médias du nord au sud, de l’est à l’ouest, à se mobiliser davantage pour les prochaines éditions. Surtout pour que les Journées médias du Bénin soient une activité qui nous consolide, qui consolide la presse béninoise, qui renforce les liens de la confraternité, et qui nous fasse gagner en notoriété et en épanouissement.
LIRE AUSSI: Formation sur les changements climatiques : Le clou des Jmb 2023, Un concours de production annoncé
LIRE AUSSI: « Ma carte de presse, je l’exige maintenant ! » : L’Upmb met la pression sur la Haac
