Home Actualité Chefferie traditionnelle : La République fait la paix avec ses rois

Chefferie traditionnelle : La République fait la paix avec ses rois

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
0 Commentaire

Les tambours de la tradition résonnent à nouveau, dans un Bénin républicain et démocratique. Le chef de l’État a promulgué, jeudi 3 avril dernier, la loi encadrant la chefferie traditionnelle, marquant ainsi une reconnaissance inédite depuis l’indépendance.

Jadis dépositaires d’un pouvoir à la fois politique et religieux, les chefs traditionnels ont vu leur autorité profondément remise en cause par le fait colonial. La colonisation a opéré une rupture, reléguant ces figures d’influence au second plan. Aux lendemains des indépendances, la question de leur rôle, de leur place dans les nouveaux États, s’est posée avec acuité — et continue, aujourd’hui encore, d’alimenter le débat.

Au Bénin, la révision constitutionnelle du 1er novembre 2019 a marqué un tournant décisif, en accordant aux chefs traditionnels une reconnaissance officielle. Ce processus de réhabilitation, aux multiples enjeux, a été analysé lors d’un colloque scientifique international par des universitaires et spécialistes de la gouvernance traditionnelle, parmi lesquels les professeurs Nassirou Arifari-Bako, Florentin Nangbè et A. Benon-Mora.

À partir de la reddition du roi Gbèhanzin, le pouvoir colonial français avait instauré ce que Nassirou Arifari-Bako qualifie d’« auxiliarisation des autorités traditionnelles conquises » : une stratégie consistant à intégrer les chefs à l’appareil colonial tout en vidant leurs fonctions de leur substance initiale.

Dans les États devenus indépendants, les attitudes à l’égard des chefs traditionnels n’ont pas été homogènes. Arifari-Bako identifie cinq types de politiques postcoloniales à leur endroit :

une « stratégie gouvernementale de l’exclusion » ; une « intégration systématique dans l’administration avec autorité » ; une « politique d’association » les cantonnant à un rôle consultatif, notamment dans les affaires foncières ; une « politique d’adaptation et de réinterprétation » qui prolonge l’auxiliarisation en conservant les titres tout en modifiant leur contenu ; enfin, leur « existence comme un épiphénomène politique », marginale mais persistante dans le paysage institutionnel.

Arifari-Bako, sociologue

La promulgation de la loi encadrant la chefferie traditionnelle s’accompagne toutefois d’une exigence de taille : une dépolitisation stricte. Ainsi, conformément à l’article 46 de la loi, ceux d’entre eux, actuellement membres d’un parti politique, disposent de trois mois pour démissionner ou abdiquer.

LIRE AUSSI

Lire aussi

Laisser un commentaire

A propos de nous

Bénin Intelligent, média au service d’une Afrique unie et rayonnante. Nous mettons la lumière sur les succès, défis et opportunités du continent.

À la une

Les plus lus

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter pour être notifié de nos nouveaux articles. Restons informés!