Et si enseigner un concept scientifique sans débat revenait à le condamner à l’échec pédagogique ? C’est la question fondamentale que soulève Cyprien Goutondé dans son tout premier ouvrage scientifique, intitulé « Que deviendrait l’enseignement d’un concept scientifique sans débat ? ». Une œuvre didactique, nourrie d’observations empiriques et de convictions pédagogiques, dont le lancement officiel a eu lieu le samedi 19 juillet 2025 à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC), dans une ambiance d’admiration, de reconnaissance et d’engagement pour la cause éducative.
Publié aux éditions Saint Sossa, l’ouvrage est sous-titré « Une étude de cas sur l’apprentissage du fonctionnement du système nerveux central de l’Homme en classe scientifique ». Il constitue, selon l’auteur, une contribution à la refondation des pratiques d’enseignement des sciences, en particulier dans le contexte béninois.
L’argument central du livre repose sur une étude de cas portant sur l’apprentissage de l’encéphale et de la moelle épinière, deux notions réputées complexes pour les apprenants du secondaire. Cyprien Goutondé y démontre que l’implication des élèves par le débat scientifique améliore la compréhension et favorise l’appropriation des contenus abstraits.
Pour l’auteur, en effet, « la vérité n’est pas fille de sympathie, mais de discussion », a-t-il déclaré devant une audience composite, composée d’universitaires, d’élus locaux, de responsables pédagogiques et de curieux venus découvrir l’œuvre.
« Enseigner un concept scientifique selon l’axe du socioconstructivisme sans intervention du débat, c’est ne pas favoriser l’apprentissage de ce concept de base », martèle l’auteur. En affirmant cela, il ne propose pas simplement une technique d’enseignement : il pose une thèse sur la formation de la pensée critique à l’école, sur la capacité des systèmes éducatifs à faire émerger des citoyens libres, capables de raisonner, d’argumenter et de construire ensemble un savoir partagé.
L’ouvrage a reçu la bénédiction scientifique du Dr Olatoundé Amand Léonce Affolabi , spécialiste de didactique des sciences à l’Institut de mathématiques et de sciences physiques (Imsp), qui en a signé la préface. Dans son propos, il rappelle que « l’école est un lieu d’instruction, de formation et d’éducation qui impacte directement la société ». À ce titre, « intégrer les vertus du débat scientifique dans la formation de ses acteurs favoriserait l’émergence tant attendue de cette société en pleine mutation.»


Le regard bienveillant de ses pairs n’a pas manqué d’être exprimé. Le Dr Alain Dokpo, maître-assistant et enseignant à l’Université d’Abomey-Calavi, a salué la « volonté de contribuer au développement » chez l’auteur et l’a encouragé à poursuivre sur sa lancée. Midingoï, représentant du préfacier, a, lui, esquissé une pensée philosophique profonde : « Celui qui n’écrit pas a une durée de vie ; mais celui qui écrit est immortel. »
Des origines modestes : une fierté pour Ouinhi et tout le Zou
Le moment d’émotion a été sans doute l’intervention du maire de Ouinhi. Très inspiré, l’édile a évoqué l’origine modeste de l’auteur, issu du village de Houédja dans l’arrondissement de Sagon, et salué son exemplarité. « C’est inédit, c’est impensable. Dieu tire toujours des cendres insondables ceux sur qui on peut compter pour faire valoir le développement », a-t-il déclaré, avant de promettre : « Cyprien Goutondé, tu ne manqueras plus de nos soutiens. Tu es digne d’être appelé ”la bonne relève”. » Le maire voit aussi dans cette publication un signe de rayonnement de Ouinhi, ”commune méconnue” voire confondue à d’autres.
Dans son avant-propos engagé, Cyprien Goutondé définit d’ailleurs clairement l’ambition de son livre : instruire tout futur citoyen à se construire une intelligence individuelle et collective des situations de vie. L’œuvre, résolument socioconstructiviste, s’adresse autant aux enseignants qu’aux parents, aux inspecteurs qu’aux décideurs politiques.
Elle s’inscrit dans la philosophie d’une école participative, où le savoir se construit dans l’échange, la critique et la coopération. Le débat scientifique y apparaît comme une méthode d’apprentissage mais aussi un mode de pensée, une posture intellectuelle face à la complexité du réel.
L’ouvrage ambitionne ainsi d’être une référence dans la construction pertinente de la vérité scientifique, une boussole pédagogique dans la quête d’un enseignement efficace, durable et centré sur l’apprenant.
Un engagement constant
Cyprien Mahougbédji Goutondé n’en est pas à son premier défi intellectuel. Professeur certifié de SVT, il enseigne depuis douze ans dans les collèges et lycées du Bénin. Détenteur de deux baccalauréats scientifiques, d’une licence et d’une maîtrise en sciences naturelles, il a ensuite obtenu son Capes avant de se spécialiser en didactique des sciences et technologies à l’UAC. Aujourd’hui doctorant à l’Université Alassane Ouattara d’Abidjan, au sein du Laboratoire de recherche en didactique (LaReDi), il poursuit son engagement scientifique avec rigueur et humilité.
Participant à diverses formations sur les enjeux contemporains de l’éducation (santé sexuelle, Mooc, Adima2…), il nourrit une vision : celle de rendre l’enseignement plus humain, plus interactif, et donc plus efficace. Son ambition dépasse les salles de classe pour toucher la communauté, le pays, et pourquoi pas le continent.
