Home Actualité Code de l’hygiène publique : « La partie morgue et cimetière de cette loi…est une hypocrisie »‚ Médard Koudébi

Code de l’hygiène publique : « La partie morgue et cimetière de cette loi…est une hypocrisie »‚ Médard Koudébi

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Le Bénin s’est doté cette année d’un nouveau code de l’hygiène publique‚ la loi n°2022-04 du 16 février en actualisation de celle de 1987. La partie morgue et cimetière de cette loi ne règle pas de nombreux problèmes qui subsistent dans le secteur mortuaire au Bénin. Tel est l’avis de Médard Koudébi, spécialiste de l’hygiène funéraire, de la prévention des risques et des épidémies et président de l’Ong Bénin Diaspora Assistance. Il persiste qu’un important décret a été bloqué par une “mafia politico-mortuaire” composée de « politiciens promoteurs de morgues par dérogation ou nom d’emprunt ». Et dénonce le silence du nouveau code sur les questions sensibles que ledit décret aurait résolu. Il évoque notamment le traitement des déchets toxiques et cancérigènes que produisent les morgues, la surcharge des corps, l’absence d’une imposition des produits formol les moins cancérigènes et dangereux pour les populations et la durée maximum de séjour dans une morgue en République du Bénin. Une interview explosive sur le secteur morgue et cimetière au Bénin qu’il nous a accordée depuis la France.

Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

Bénin Intelligent : Quelles sont les insuffisances que vous reprochez dans cette loi notamment concernant le volet morgue et cimetière ?

Médard Koudébi‚ spécialiste de l’hygiène funéraire : La partie morgue et cimetière de cette loi sur le code de l’hygiène publique en République du Bénin est une hypocrisie car les problèmes non réglés sont énormes. Entre autres : La distance entre les habitations et les morgues n’a pas été réglée alors que la même Loi a bel et bien précisé 100 mètres entre les habitations et les cimetières.

 

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Quant aux morgues c’est un silence radio.
Comment peut-on parler d’hygiène sans parler de la qualité et l’obligation de l’étanchéité des cercueils ni de l’obligation de désinfection des véhicules funèbres et les ambulances de transport des malades ? Et de l’obligation du plastique bio dégradable au fond du cercueil ? Comment peut-on préciser le nombre de morgues par commune et ne pas s’intéresser aux conditions de travail du personnel des chambres mortuaires où il y a beaucoup d’enfants mineurs morguiers aux motifs qu’ils sont des apprentis ? Comment peut-on parler de l’hygiène sans chercher à comprendre le traitement qui est fait aujourd’hui des déchets toxiques et cancérigènes que produisent les morgues alors que le Bénin n’a pas une usine de traitement des eaux usées ? Comment peut-on parler des morgues sans interdire officiellement la surcharge des corps ?

Aussi, comment peut-on parler de morgue et cimetière ‚ de l’hygiène des cimetières sans l’obligation d’eau potable à l’entrée pour le lavage des mains et à la sortie après les obsèques, surtout pour les porteurs de cercueil ? Comment peut-on parler des morgues sans préciser les différents produits formol les moins cancérigènes et dangereux pour les populations ? Comment peut-on parler des morgues sans introduire la durée maximum de séjour dans une morgue en République du Bénin ?

 

Vous avez parlé d’un projet de décret datant de 2017 qui aurait été bloqué. Parlez-nous de ce projet‚ sa genèse et les avancées qu’il contient comparativement à la nouvelle loi ?

 

Au temps de l’ancien président Boni Yayi, le bureau de l’Ong Bénin Diaspora Assistance avait fait une proposition de projet de loi à plusieurs députés et à l’Assemblée nationale en mars 2014. Malheureusement deux des députés que j’ai rencontrés personnellement nous ont exigés que la loi porte leurs noms, chose à laquelle nous ne nous sommes pas opposés. À l’avènement du président Patrice Talon, nous avions réintroduit le projet de loi au cabinet de l’ex-président de l’Assemblée nationale Me Adrien Houngbédji, ce qui a été réceptionné le 6 juin 2016 par le secrétaire administratif. Malheureusement à notre arrivée au Bénin en octobre 2016 la secrétaire particulière du président de l’Assemblée nationale nous a informés de la disparition du projet de décret au parlement.

C’est ainsi que la décision du décret a été prise, ainsi que sa rédaction avec les membres des cinq ministères : Intérieur, Santé, Cadre de vie, Justice et Commerce et industrie ; sans oublier le procureur M. Adjaca ainsi que le président de l’association des promoteurs de Morgue et les membres de notre Ong Bénin Diaspora Assistance. Sa rédaction a débuté de juin à septembre 2017 et son atelier de validation s’est tenu du 12 au 13 décembre 2017. Et depuis 2018 ce décret est bloqué au secrétariat général du gouvernement béninois.

 

Souvent dans vos dénonciations‚ vous évoquez une “mafia politico-mortuaire”. Quels sont les acteurs de ce réseau et pourquoi bloqueraient-ils la réforme d’un secteur aussi sensible que celui de la morgue et cimetière ?

 

Je tiens à vous rappeler que 31 promoteurs ou gestionnaires par dérogation ou promoteurs avec des noms d’emprunts de morgues privées sur 55 qui étaient membres du parti des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) sous l’ancien président sont majoritairement devenus membres des partis Union progressiste (Up) ou Bloc républicain (Br) et monnayent leurs soutiens en échange d’impunité. Surtout qu’il y a certains colonels actionnaires, des généraux aussi qui, pour raison administrative, font gérer les morgues par leurs épouses, des anciens ministres et d’autres politiciens juste pour contourner la loi qui interdit aux fonctionnaires de mener des activités commerciales.

Exemple : Les politiciens promoteurs des morgues ne voulaient pas d’une limitation de la durée de séjour des corps dans les morgues du Bénin. Or, ce projet de décret fixe à 45 jours la durée maximale de séjour des corps dans les morgues de Bénin sauf les corps sous décision de justice. De plus aujourd’hui certains ont un double registre et d’autres n’en n’ont même pas selon un rapport d’enquête du ministère de l’Intérieur, juste dans le but de tricher avec les impôts, ce qui fait perdre énormément de l’argent à l’État béninois en plus la perte de la Tva dans ce domaine.

Plusieurs parmi ces promoteurs ont transformé les anciennes chambres froides de poissonnerie en morgue. J’ai la preuve de ce que je vous dis jusqu’aux aveux de certains promoteurs en vidéo qui accusent le ministère de la Santé de les avoir autorisés à recycler des morts dans leurs anciennes chambres froides de poissonnerie.

Le projet de décret bloqué par la mafia Politico-mortuaire au secrétariat général du gouvernement, interdit les installations des morgues et cimetières à moins de 2km des infrastructures sociocommunautaires y compris les cours d’eau. Cet article est très important pour des raisons de santé car la morgue d’Adjohoun est à moins de 50 mètres du forage de la Soneb, malheureusement le ministère du Cadre de vie lui a donné le certificat de conformité environnementale. Tout ça pour des raisons de corruption et d’absence de loi dans ce domaine.

 

La crémation est-elle pratiquée au Bénin ? Si oui‚ dans quelle condition ?

 

Oui le Bénin depuis plus de 25 ans fait la crémation. Aux temps de Kérékou et du président Boni Yayi 1, c’était dans l’incinérateur de déchet bio médical à l’hôpital de Porto-Novo que cela se faisait mais depuis que la cheminée s’est effondrée c’est dans la cour du cimetière PK14 que cela se fait maintenant au fagot de bois, c’est carrément de la grillade humaine.

 

Vous êtes contre le fait que soit confiée la délivrance des agréments des morgues aux préfets. Pourquoi ?

 

Soyons sérieux, même si le préfet est le représentant des ministres dans les départements, nulle part au monde ce n’est à lui de délivrer les agréments pour un domaine aussi sensible et aussi politisé. 1 : aucune préfecture n’a de services morgue et cimetière. 2 : les attestations de formation dans le secteur sont co-signés par nos soins et deux ministres ; celui de l’Intérieur et de la Santé. 3 : l’absence de loi dans ce domaine sera encore une autre difficulté sur comment cerner la base de traitement des demandes. 4 : l’absence d’interdiction de zone inondable dans la loi est aussi un autre facteur de risques d’empoisonnement des populations à travers la contamination des nappes phréatiques.

 

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Sans oublier la pression politique dont ils pourront faire l’objet, en plus il n’y a pas de durée légale fixée pour la validation de ces agréments alors que les promoteurs politiques voulaient que l’agrément soit à vie.

 

Quelle gestion est faite aujourd’hui au Bénin des déchets produits par les pompes funèbres ?

 

Malgré l’existence d’un ministère du Cadre de vie au Bénin nous n’avons toujours pas une usine de traitement des eaux usées. La chose la plus grave est que les produits formels utilisés pour la conservation des corps en République du Bénin sont hautement toxiques et cancérigènes. Ce que la majorité des morgues déversent dans le sol après un semblant de filtrage, empoisonne les nappes phréatiques, ces empoisonnements involontaires du peuple béninois ont déjà trop duré.

 

Enfin‚ quel est l’état des lieux des services dans les morgues au Bénin ? La qualité est-elle au rendez-vous ?

 

L’état des lieux de ce secteur funéraire au Bénin à ce jour est simplement catastrophique, cruel et inhumain. Je regrette l’hypocrisie qui entoure cette réforme depuis douze ans que nous nous battons. Aujourd’hui le décret que nous pouvons simplement adopter et mettre en application pour mettre fin à cette catastrophe afin de sauver des centaines de milliers de vie humaine, est là.

 

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Il faudrait déjà connaître en quoi consiste les activités du secteur funéraire : inhumation, crémation; le transport de corps après mise en bière par corbillards; les expositions de corps et la chapelle ardente ; les prestations et la fourniture des maîtres de cérémonies et les porteurs de cercueil ; le transport de corps avant mise en bière; le décès jusqu’à l’inhumation ou la crémation. Puis, les normes techniques qui exigent notamment trois parties nettement distinguées au sein de chaque chambre funéraire : « Toute chambre funéraire est aménagée de façon à assurer une séparation entre la partie destinée à l’accueil du public, comprenant un ou plusieurs salons de présentation, et la partie intermédiaire destinée à la préparation des corps. Et la partie technique destinée à la conversation des corps…»

C’est vraiment terrible.

 

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1 Commentaire

Bani Gado avril 15, 2022 - 7:27 pm

C’est triste😢😢😢

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