Embarrassante et stressante avec des malaises qui diffèrent d’une femme à une autre. La période des menstrues chez la femme en milieu professionnel, nécessite beaucoup plus d’efforts pour maintenir le rythme de travail et respecter le cahier de charges. Certaines femmes sont favorables, de ce fait, à l’instauration d’un ‘’congé menstruel’’. Proposition à polémique puisque vue comme un frein à l’égalité des sexes.
Par Raymond FALADE
Pendant ses menstrues, Elodie K. se sent soumise à plus d’une obligation sur sa propre personne. Elle « doit être minutieuse afin de garder son hygiène et son parfum corporel agréable ». Ce qui la distrait et la déconcentre dans son travail. Outre cela, « on n’est pas sans savoir que, une femme en menstrues, c’est également les sauts d’humeurs, les douleurs, ce qui agira forcement sur son rendement au travail ». Durant « ces quelques jours », physiquement, émotionnellement et moralement, la femme n’est pas à l’aise, assure la directrice des ressources humaines dans une société à Cotonou.
Face à ces difficultés, Elodie K. propose « un congé de menstruation ». « Si, déjà chaque chef d’entreprise au sein de son entreprise peut permettre aux femmes de bénéficier d’un ou deux jours de congés de menstruation, ce serait aider la gent féminine à être plus efficace et performante dans son travail », soutient-elle. Richada B. est de cet avis. « Un repos durant la période des menstrues selon moi est donc capital pour toutes les femmes fonctionnaires. Rien à voir avec l’égalité des sexes qui de toute façon n’est pas respectée dans nos services. Je pense que les femmes méritent bien deux jours de congés pour les règles », insiste-t-elle. « Vous ne le savez pas mais beaucoup d’entre elles souffrent des règles douloureuses et cela ne leur permet pas d’être productives. Elles affichent un joli sourire et essayent de se conformer au quotidien mais en vrai c’est une véritable torture » vécue intérieurement, jure-t-elle.
Une étude de l’Institut français d’opinion publique (Ifop) corrobore ce témoignage. Selon elle, 65% des femmes en activité salariée sont confrontées à diverses difficultés liées à leurs règles au travail, rapporte la présidente de l’Ong Mata Yara, Hermyone Adjovi dans un entretien à Bénin Intelligent sur la même thématique.
Prévenir vaut mieux que …s’absenter
« La menstruation est un phénomène physiologique caractérisée par l’écoulement des menstrues et le cycle menstruel est un phénomène naturel physiologique qui débute chez la fille à la puberté et qui finit à la ménopause », défini Esther L. Agbo Sokemahou, sage-femme, spécialiste en Ssr (santé sexuelle et reproductive) au Cnhu de Cotonou. Chez certaines femmes, la spécialiste distingue des périodes prémenstruelles « qui annoncent un peu la menstruation ». Ces périodes sont marquées par « des signes physiques, des signes émotionnels » ainsi qu’une forte douleur chez certaines femmes. « C’est une forte douleur sans position antalgique, la tension mammaire, les crampes abdominales et ballonnement du ventre », énumère-t-elle.
« Vous ne le savez pas mais beaucoup d’entre elles souffrent des règles douloureuses et cela ne leur permet pas d’être productives. Elles affichent un joli sourire et essayent de se conformer au quotidien mais en vrai c’est une véritable torture »
Les femmes doivent prendre des mesures adéquates en prévention à leur menstruation. Déjà, en se dotant d’un trousseau de cycle menstruel dans lequel elles auront le nécessaire en cas d’urgence. « Vous savez que le 25, j’aurai mes menstrues. Déjà à partir du 24, ou même du 23, je commence par prendre les médicaments pour prévenir les douleurs » conseille la sage-femme. Il faut « commencer par noter la date des dernières règles qui est très importante. A base de cela, on peut calculer son cycle menstruel sur six mois et connaitre la durée moyenne de son cycle menstruel ».
En milieu professionnel, la menstruation peut bel et bien impacter négativement le travail de la femme, reconnait Esther Agbo Sokémahou. Mais demander un ‘’congé menstruel’’, ce « n’est pas l’idéal ». Elle conseille plutôt aux femmes d’avoir à « l’esprit l’idée de la prévention ». « Nous nous sommes battues pour être autonomes, il ne faut pas que avec cette histoire de congé menstruel, on commence par laisser encore nos places aux hommes », prévient-elle. Ce que redoute aussi Hermyone Adjovi : « C’est dommage mais la place des femmes dans le milieu professionnel n’est déjà pas acquise. Si des femmes sont renvoyées de certains postes professionnels ou certaines cohortes de formations pour motif de grossesse ou du fait d’être nourrice ; si des femmes se voient déjà refuser des opportunités professionnelles pour cause d’être mère d’enfant en bas-âge, je trouve qu’il ne faut pas en rajouter en créant un congé menstruel pour le moment »,
Certaines femmes en sont bien conscientes. « Déjà qu’on a droit à deux jours de congés par mois réglementairement et reconnu, demander encore 3 voire 5 jours d’absence à son poste [pour cause de menstrues, ndlr] c’est trop demandé à son employeur, surtout si on est le socle, l’élément central de la structure. Et je suppose que si dans cette période où je suis censée être en menstrues je dois aller à une mission payante, donc je rate ça banalement. Si je dois suivre une formation pour aller de l’avant au boulot dans cette période donc je rate ça aussi », égrène Yasmine, assistante de direction.
Hygiène et réticence
Outre l’inconfort lié aux douleurs menstruelles mais que toutes les femmes salariées ne connaissent pas, il se pose au sein de certaines entreprises, la question de l’hygiène. Richada B., agent de santé depuis douze ans, avoue que des femmes « vont devoir se contenter de la même serviette hygiénique durant toute une journée sans pouvoir se laver ou faire une toilette intime ».
« Le regard change immédiatement lorsque l’information est connue tout comme si c’est un péché pour la femme d’avoir ses menstrues »
Toutes les conditions ne sont pas réunies pour les femmes travaillant dans les structures de pouvoir avoir une bonne hygiène, témoigne aussi Zénab. « Parfois, nous sommes obligées de rester avec la même lingette durant toute une journée sans pouvoir nous changer », renchérit l’expert-comptable. Mais cela ne suffit pas pour demander le vote d’une loi « pour permettre aux femmes travailleuses de rester à la maison pendant les menstruations », rejette-t-elle.
Même si un « congé menstruel » était acquis, certaines femmes seront réticentes à demander à en jouir. En effet, les menstrues sont perçues « comme impureté, saleté, malpropreté infligeant à la femme un sentiment de culpabilité et de honte », rappelle le socio-économiste Emile Comlan Badevou. Ainsi « Le regard change immédiatement lorsque l’information est connue tout comme si c’est un péché pour la femme d’avoir ses menstrues », déplore-t-il.
Les menstrues ne sont pas à publier, elles relèvent de l’intimité de la femme. « Dès que tu restes à la maison deux jours, on se dira « ah telle est en menstrues ! », moquerie que fuit Yasmine, l’assistante de direction.
Les données de l’étude de l’Institut français d’opinion publique (Ifop) mentionnée supra, montrent que « 82% des salariées craignent que le congé menstruel puisse être un frein à l’embauche ou à l’évolution des femmes ».
LIRE AUSSI: Assemblée nationale : Les priorités du caucus des femmes parlementaires
