Une cérémonie bilingue, des séquences millimétrées. La cérémonie œcuménique Vodun en présence d’un public à perte de vue a été un moment excitant à l’ombre du frais atmosphère de la plage. Elle confère à la première édition des Vodun days une réussite historique.
Jadis, la fête du 10 janvier au Bénin rimait avec étalage de puissance occulte, magique. Un peu partout sur le territoire national, les attroupements autour de scènes de violence et de sang fourmillaient. Un Zangbeto en feu quelque part. Un vodunsi “horriblement” paré qui égorge un poulet au moyen de ses dents. Ici et là, des Vodun sur lesquels pleuve de l’huile rouge ou le sang frais d’un cabri. Mais aussi, ces personnes qui se poignardent sans que le couteau tranchant ne les transperce.
Face à autant de forces soutenues par des secrets de feuilles, d’incantation et de blindage réservé aux seuls initiés, le spectateur obsédé par les préoccupations actuelles de développement, s’est toujours moqué. « Qu’est-ce que tout cela apporte au développement du pays ?». On a parfois viré, peut-être de bonne foi, dans du zèle stérile en faisant porter le chapeau au Vodun.
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La part des choses est désormais faite. Dans le cadre de la promotion du tourisme religieux, les organisateurs ont scrupuleusement pris en compte la question du beau et la sensibilité des spectateurs. Le public n’a pas toujours eu le courage : tous les tableaux ordinairement présentés à la fête du 10 janvier n’émerveillaient pas. Il y en avait beaucoup dont on s’accommodait par respect (servile) pour la chose patrimoniale.
«Dans toutes les religions vous avez le sang, l’huile, l’alcool, l’eau, vous avez les offrandes. Pourquoi une religion doit paraître comme une religion du pauvre, une religion du méchant, une religion du dégueulasse et d’autres religions vont paraître plus sexy ?» Interrogation audacieuse du Mtca. La nouvelle dynamique impulsée par les Vodun days tranche avec l’ancien format du spectaculaire, du folklore voire du barbare.
Présence Vip
Les Vodun days ne constituent pas, dans un État laïc, à du prosélytisme institutionnel au profit d’un bord religieux. « Sur les autres religions il y a eu un travail qui a été fait. A un moment donné toutes ces religions (…) ont bénéficié des moyens, de l’aide, de l’intelligence, de l’ingénierie de l’Etat. Donc nous avons la possibilité également de travailler pour changer l’image du Vodun » assume Jean-Michel Abimbola.
Le Bénin se réapproprie le Vodun, procède à la rectification du narratif négatif autour. Le pays mise sur le Vodun ayant une valeur artistique, culturelle et touristique incontestable. Il l’a suffisamment étalé, embelli et vendu aux milliers d’internationaux venus d’Haïti, de Cuba, d’Amérique, du Brésil et d’autres régions du monde. Ainsi pour une première fois, seuls les tableaux ayant une valeur artistique, éducative et touristique ont été proposés aux participants locaux et surtout internationaux.

La prestation des fidèles Vodun sur la scène du village des Vodun days a été un point saillant de la grande cérémonie œcuménique de ce 10 janvier. Successivement, les Vodun Sakpata, Yaocha, Mami, Dan, Hunvè et Zangbeto Kpakliyawu se sont produit sur scène.
Le chef de l’Etat, Patrice Talon, son épouse et des membres du gouvernement vêtus pour la plupart de blanc contemplent la scène d’un regard admiratif. Également à leurs côtés, le président de l’Assemblée nationale, Louis Gbehounou Vlavonou. Plusieurs autres personnalités dont le nonce apostolique au Bénin et au Togo, Mgr Mark Gerard Miles y étaient aussi.







Brassage interreligieux
Le très catholique Louis Vlavonou a même chanté ”Miétônou wè ” aux Vodun days. Très emporté par le talent inaltérable de Sagbohan Danialou. Christian Houetchenou, lui aussi catholique, s’est beaucoup impliqué. Il a eu même le privilège peut-être ”embarrassant” de jouer le rôle de “Favi” lors du Tofa en lieu et place du chef de l’État.
Les Vodun days n’ont pas réuni que des Vodunsi. Toutes les autres sensibilités religieuses y ont répondu présents, faisant de cette première édition un moment de brassage interreligieux.
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