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Régis Hounkpè : « L’Alliance des Etats du Sahel est définitivement le requiem … de la mise à distance de l’Initiative d’Accra ».

Par Arnauld KASSOUIN
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L’initiative d’Accra regroupe sept Etats d’Afrique de l’Ouest. Elle a pour objectif fondamentale de converger les efforts des pays membres dans la lutte contre la violence terroristes. Dans cet entretien, Régis Hounkpè, analyste géopolitique expose les raisons pour lesquelles l’initiative d’Accra semble classer au second rang.

Bénin Intelligent: Comment l’utilisation de plusieurs mécanismes de sécurité au Mali a-t-elle conduit à un bilan controversé malgré leur déploiement ?

Régis Hounkpè: Je dirai davantage que le bilan des dispositifs sécuritaires internationaux que vous évoquez est plutôt mitigé. Et non controversé. Cela a été généré par la conjonction de plusieurs facteurs exogènes et endogènes. Les armées sahéliennes se sont révélées totalement dépassées voire inexistantes face à la progression vertigineuse du péril terroriste. Alors que les forces extérieures ont été un peu trop isolées des objectifs initiaux de sécurisation. De même que de stabilisation de la paix. Comme au Mali, épicentre des menaces dans le Sahel. Clairement, les agendas et les stratégies n’ont pas été suffisamment partagés entre les armées des pays à « sauver » et les forces de soutien extérieur.

De plus, les changements brutaux de régimes au Mali, Burkina et Niger par exemple n’ont pas permis de créer des espaces de coopération utiles. À cause des contextes de fragilité sécuritaire, accélérant le départ de ces mécanismes dans un climat de contestation et de remise en cause de leur présence.

Pensez-vous que la sous-région ait été trop dépendante du soutien extérieur pour maintenir la stabilité ?

La question de la lutte contre le terrorisme est une maladie commune à tous les Etats modernes. Utilement, l’interdépendance et la nécessité de faire front commun contre les groupes armés terroristes plaident plutôt pour le recours aux soutiens extérieurs. Cela dit, la question essentielle et préalable est celle de l’autonomie et de la professionnalisation des armées. Sahéliennes en particulier et africaines en général. La sécurité à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières est une prérogative fondamentale de souveraineté nationale. Elle ne saurait être alors partiellement ou totalement, déléguée à un partenaire extérieur.

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L’accent mis sur l’aspect militaire a-t-il négligé les revendications des populations locales ?

Au moins deux piliers entrent en ligne de compte et devraient servir de base : sécurité et développement socio-économique. La faillite de certains Etats qui n’ont pu assurer le minimum à leurs populations a précipité l’échec de ces mécanismes sécuritaires et militaires. Évidemment, le binôme « défense – développement » n’a pas suffisamment fonctionné. Non pas à cause des partenaires extérieurs que la démission et parfois la lâcheté de certains pouvoirs sahéliens a facilement accusé. Du fait des carences politiques locales. Je ne suis pas en accord avec ceux qui incriminent la force Barkhane ou la Minusma. Comme les seuls responsables de leurs défaites communes. Que fait-on de la responsabilité des pouvoirs africains, censés être au premier chef maîtres du destin de leurs peuples et nations ?

En définitif, quoi retenir, que faire différemment et dans quel objectif ?

Le Sahel est un excellent laboratoire pour les pays du Golfe de Guinée. Puisque ces derniers sont de plus en plus confrontés aux incursions terroristes dans les parties septentrionales de leurs territoires. Les erreurs du Sahel doivent être évitées. Et ce à partir de la mise en commun des agendas et stratégies de lutte. Aussi, les réponses socio-économiques, et surtout le renforcement des armées africaines, qu’elles soient du littoral ou du Sahel doivent prioriser. L’Initiative d’Accra a pour objectif de renforcer la coopération sécuritaire entre les pays Sahéliens et les États-côtiers.

Comment expliquer que le Burkina fut le seul pays régional qu’a compté l’Initiative à sa création aux côtés de quatre autre côtiers ?

Pour des raisons évidentes de proximité géographique et frontalière. De même que de confrontation aux mêmes groupes terroristes qui se déplaçaient plus aisément du Burkina vers les pays côtiers. Il y avait aussi au-delà de la volonté commune de base, une meilleure entente avec les pouvoirs en place. Surtout avec Christian Kaboré qui était encore au pouvoir, avant d’être déposé par un coup d’état le 24 janvier 2022 par le Colonel Paul-Henri Damiba.

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Dans quelle logique avoir intégrer tardivement le Mali et le Niger en tant que membres observateurs alors qu’ils connaissent eux aussi l’hydre djihadiste ?

Le Niger et le Mali avaient un statut d’observateur. Nécessité de lutter contre les démembrements locaux d’Al Qaïda et de l’Etat islamique faisant loi, c’était urgent d’associer plus activement ces deux pays. Mais aujourd’hui avec les difficultés institutionnelles engendrées par la mise à l’écart des pays ayant connu des coups d’état, l’Initiative d’Accra est , de fait, réduite aux autres pays. Même si on peut logiquement penser que des canaux de coopération doivent continuer d’exister entre tous ces pays. Ne serait-ce que pour le partage de renseignements sur les mouvements des groupes armés terroristes.

Quelle est la différence entre l’Initiative d’Accra et d’autres forces conjointes régionales telles que le G5-Sahel ? Cette initiative pourrait-elle être considérée comme le “G5 des pays côtiers”, comme l’a suggéré le Président Ouattara en 2019 ?

La comparaison du président ivoirien est pertinente surtout dans le contexte de la multiplication des attaques terroristes. Aussi, avec le rétrécissement des entités de coopération entre pays sahéliens et pays côtiers. L’Alliance de septembre dernier entre les trois pays que sont le Burkina, le Niger et le Mali est définitivement le requiem du G5 Sahel et la mise à distance de l’Initiative d’Accra.

Croyez-vous que l’impulsion donnée par le Ghana est négligeable ? En prenant l’initiative dans cette dynamique, peut-il s’attendre à une réelle collaboration de la part de ses voisins francophones ?

Cela se pose moins en considération de l’espace géopolitique francophone. Mais davantage en capacité d’influence et des impératifs de lutte contre le terrorisme. Qui ne connaît ni frontière, ni langue d’expression mais plutôt volonté d’expansion et de domination.

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