Le monument de l’Amazone situé à Cotonou sur le Boulevard de la Marina, laisse les spécialistes du secteur du Tourisme sur leur faim. Après 62 ans d’indépendance, le Bénin aurait dû faire mieux pour se doter d’une identité digne d’un produit touristique remarquable.
Si le Sénégal fait penser au « monument de la Renaissance africaine » ou encore à l’île de Gorée, à quoi renvoie l’évocation du Bénin ? La place des Martyrs ? la statue du roi Gbêhanzin ? ou l’hôtel Plm Alédjo (rasé), berceau de la démocratie ?
« Le Bénin a bel et bien cultivé une identité touristique, en 61 ans d’indépendance. Celle-ci s’appuie sur plusieurs sites qui se concurrencent, de par leur efficacité, leur utilité du moment et leur capacité à marquer les esprits, d’où le caractère multidimensionnel de cette identité touristique », décrypte le journaliste culturel Marcel Kpogodo.
Le « monument de l’Amazone » est parti pour y remédier et conférer une identité touristique unique au Bénin à l’international. En témoigne l’intérêt qu’il a suscité sur la toile. Hélas : il n’est pas un produit touristique. « Parlant de produit touristique en évoquant le monument des amazones, c’est un amalgame ! On ne saurait parler de produit touristique si et seulement si ça génère un flux financier », rectifie Joël Accalogoun, docteur en tourismologie. Ne pas y penser dans le projet, déplore-t-il, constitue une gaffe.
D’autant plus que le Bénin mise sur le tourisme comme deuxième levier de développement économique après l’agriculture. Ce qui se traduit sous le régime actuel, par la transformation du secteur à travers la construction d’infrastructures et la professionnalisation des acteurs.
Fortuné Sossa est le président de l’Association des journalistes culturels du Bénin (Ajcb) et des Journalistes culturels africains en réseau (Jocar). Il salue l’avènement du monument de l’Amazone comme déjà un « instrument touristique ». Mais il fait la même observation. « Le monument en cours de réalisation en honneur aux amazones, je ne sais pas comment cela va générer des devises directes pour le pays. Y aura-t-il une billetterie autour ? Les visiteurs vont-ils payer pour y accéder ? Je n’en sais rien », avoue-t-il.
Rien dans le relevé du Conseil des ministres du 17 juillet 2019 n’apporte une réponse affirmative à ses préoccupations.
Le texte renseigne que l’œuvre s’inscrit dans le cadre du programme global d’aménagements urbains et paysagers le long du Boulevard de la Marina (la présidence de la République). « Le monument Amazone vise à instituer un symbole identitaire fort pour notre pays, et consiste à ériger un ouvrage emblématique en hommage aux Amazones du Dahomey. La statue est en structure métallique avec une enveloppe en bronze d’une hauteur hors-tout de 30m ». Il ne s’agit donc pas d’un ‘’produit touristique’’.
« Mon regret à ce niveau c’est qu’on n’a pas pu être plus ambitieux, penser à un monument de l’ordre de celui de la Renaissance africaine à Dakar qui est un véritable bâtiment. C’est un édifice à l’intérieur duquel vous avez des salles, des studios, des salles Vip, vous avez tout un confort. Vous pouvez même prendre l’ascenseur pour aller au sommet. Vous visitez vraiment un palais », se souvient Fortuné Sossa.
Il plaide pour d’autres aménagements en aval du monument de l’amazone. « C’est déjà une curiosité. En dehors du monument, il doit y avoir d’autres attractions : une petite salle de cinéma, des unités de jeux d’éveil de l’esprit des enfants, une salle de lecture numérique des histoires glorieuses du Bénin, soit tout un complexe (sportif, ludique, etc.) Si on a un complexe autour de ce monument, ça va faire vendre. Mais si c’est juste le monument, tout est dans la communication », retient-il.
Amègnonglo Alexis Fangninnou est anthropologue culturel. « Un pays riche en patrimoine comme le nôtre a besoin d’une identité culturelle ou touristique visuelle. Notre pays a besoin d’une marque et cette marque doit renvoyer à la richesse de notre patrimoine. Le Bénin devrait disposer d’une empreinte qui devrait nous honorer nous-mêmes », comprend-il.
« Route de la conquête coloniale »
À l’opposé, soutient-il, « le tourisme est ce à quoi on doit penser en dernière position » parlant du monument de l’amazone. « Parce qu’à l’heure actuelle, quand vous allez prendre dix jeunes Béninois peut-être un pourra être en mesure de vous dire exactement ce que c’est que l’amazone, le roi sous lequel le corps des amazones a été mis en place, les différentes catégories d’amazones, pendant combien de temps elles ont lutté, les combats qu’elles ont gagné, ce qu’elles sont devenues… » Il voit plutôt l’œuvre comme « une stratégie pour l’État de faire connaitre notre riche patrimoine aux Béninois ».
À l’origine, un monument désigne une sculpture, un ouvrage architectural, ou une inscription destinée à honorer ou commémorer un événement historique ou un personnage qui a marqué une époque et a contribué d’une certaine façon au progrès de la société d’aujourd’hui. Le Bénin compte de nombreux monuments qui rappellent les évènements et les situations que le pays a traversées par le passé. À titre illustratif : le monument de l’Étoile Rouge à Cotonou, la statue du père de l’indépendance à l’entrée de la ville de Parakou, la statue du roi Toffa 1er à Porto-Novo, la statue de Toussaint Louverture à Allada…
Les plus gros « clients touristiques » du Bénin sont pour la plupart « des descendants d’esclaves qui ont une histoire avec les pays du golfe de Guinée. En s’intéressant au Vodun par exemple, ils cherchent à renouer avec leur identité véritable, celle de leurs aïeux. C’est en quelque sorte un retour à la source des croyances ancestrale et religieuse des ancêtres », estime Augustin Amadoudji, doctorant en sociologie-anthropologie des religions et géographie culturelle.
Après les indépendances, la courbe des visiteurs est certes croissante mais pas au point de détrôner le Sénégal. En 2015, le pays du poète Senghor a drainé près de deux millions de touristes. Le tourisme y pèse 57,2% des recettes selon une étude d’Ad Conseil. Si pendant la période révolutionnaire (1972-1898) la moyenne annuelle des touristes au Bénin ne dépassait légèrement que les 40 000, depuis 1990, soit après la Conférence des forces vives de la nation, le cap des 100 000 touristes a été passé en 1991 pour atteindre 165 000 en 2001, selon les statistiques de l’Organisation mondiale du tourisme (Omt). En 2019, le Bénin a enregistré 337 000 touristes à en croire la Banque mondiale.
Définir le type de tourisme
Le Bénin ne profite pas encore de ses potentialités. L’entretien des vestiges du passé national ne suffit pas pour propulser le Bénin, à le faire passer pour une destination privilégiée, estime le tourismologue Joël Accalogoun. Pour le spécialiste, au-delà de leur aménagement, il est impérieux de définir le type de tourisme dans lequel le pays souhaite se démarquer et y concentrer plus d’investissements. En la matière, « notre tourisme souffre de manque de vision, de chronogramme et de démarche méthodologique. Jusqu’à l’heure où nous parlons le Bénin ne sait pas encore dans quel type de tourisme nous voulons émerger », déplore-t-il.
« La belle preuve avec le programme du gouvernement actuel. On tape dans tout. On a appelé le Club Med qui agit au niveau de Avélékété (tourisme balnéaire). On dit on veut rénover les témoins de l’esclavage à Ouidah (tourisme de mémoire), on a attaqué la Pendjari (tourisme cynégétique, tourisme de nature), on a attaqué aussi Ganvié (écotourisme). Vous ne pouvez pas tout embrasser à la fois. Vous devez privilégier un domaine, parce que le concept de la mondialisation stipule que chaque pays devrait être fort dans un domaine spécifique», argumente-t-il.
Ce sont surtout des domaines où certains pays battent déjà des records au point qu’il serait difficile pour le Bénin de sortir la tête. « Pouvons-nous concurrencer aujourd’hui le Kenya en matière de tourisme cynégétique ? Pouvons-nous rivaliser avec la Tanzanie, l’Ouganda ? », interroge-t-il. Fortuné Sossa ne partage pas cet avis. « Le Bénin ne commet aucun péché en embrassant plusieurs entités touristiques. Le tout est dans le management, la qualité de la gestion », martèle-t-il de son côté. Les deux sont néanmoins d’accord que vu les événements sociopolitiques traversé par l’ex-Danxomè, le Bénin devrait innover pour émerger dans le tourisme de mémoire (esclavage) ou spirituel (Vodun).
D’où ils sont peinés de voir le « monument de l’amazone » être érigé à Cadjèhoun, « parce que c’est l’endroit le plus sécurisé au Bénin, avec la présidence, des ambassades, des hôtels à côté. Il faut faire attention », alerte le tourismologue Joël Accalogoun.
Le gouvernement aurait dû développer « La Route de la conquête coloniale au Bénin », propose-t-il. Ladite Route sera subdivisée en deux branches : la route de la résistance (qui finit à Cana) et la route du maquis de Gbêhanzin (qui commence à Detahou à Abomey). La Route donnera à voir aux touristes comment les Amazones ont marqué la Résistance. « Comme ça vous n’aurez plus le Sénégal comme concurrent. Vous n’avez personne comme concurrent. C’est inédit au monde », miroite docteur Accalogoun.
N. B : Cet article a été réalisé en juin 2022

2 Commentaires
La statue de l’amazone est une imposture pour l’histoire du Bénin, car d’un côté, même les histoires les plus crédibles ne reconnaissent cette soit disant Tassi-Hangbè, en tout cas pas dans le rôle qu’on lui confère, mais également, Les Amazones dont ont parlé n’ont jamais été de vraies guerrières qui ont affronté de vraies armées, mais dès femmes combattantes utilisées par certains rois esclavagistes du Dahomey, pour envahir des villages qui refusent de céder des esclaves , pendant que leurs hommes sont sur le champs de bataille, elles s’en prennaient juste aux femmes aux enfants, qu’elles ramenaient comme esclaves à ces trois. Mais le pire dans tout ceci, c’est que cette statue n’est rien d’autre qu’une ouvre pour faire la promotion du film américain qui prétend raconter l’histoire du roi guezo, The woman king, film qui est rempli de mensonges et d’incohérences, mais nos dirigeants actuels, étant pour la plus des apatrides, sans aucune identité, ont laissé allé au point de prétendre que et le film et la statue ferait du Bénin une attraction touristique. Mais quel pays le tourisme a déjà développé ? Sinon que les touristes ne dépendent qu’après de leur communauté dans le pays, et l’autre chose, les campagnies aériennes appartiennent bcp plus aux étrangers, autrement, le Bénin ne gagne absolument rien dans cette affaire, si c’est qu’une caprice que les initiateurs devraient assouvir avec l’argent du contribuable.
L’autre impossible, c’est l’obélisque installée non, une oeuvre à la gloire de la franc-maçonnerie, sinon, qui ne sait pas ce représente ceci, si ce n’est que pour rendre gloire et hommage a leurs maîtres qui a fait d’eux ce qu’ils sont et qui les a placé à la tête du pays, avec des instructions claires et précises, qui est de saigner le pays jusqu’à la dernière goutte, et ils le font correctement. Bref, ce pays marche a reculons depuis des années, et si rien n’y fait immédiatement, nous allons sombrer définitivement. Les infrastructures par ici et par là, ce ne sont que de la poudre aux yeux, le reste n’est que propagande et divertissement.
Mais qui vous a dit que cette statue est celle de Tassi Hangbe?
Cette statue represente une amazone tout simplement .
Mais vous savez ce genre d article negatif sur ce chef d oeuvre touristique ainsi que les commentaires du meme accabit me font plaisir personnelement.
La tour Eiffel, cet amas de ferraille en plein Paris est aujourdhui le symbole de la France.
Mais savez vous que cette oeuvre a ete tellement cririque au point qu une petition a ete lance afin de la raser?
Et pourtant aujourdhui quand on parle de Paris on pense a sa tour.