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Afrique subsaharienne : Des Démocraties SANS démocrates (?)

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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  • « On n’a pas de parti politique au Bénin »
  • « La société civile connaît une forte léthargie »

Comme à ses habitudes, la Fondation Friedrich Ebert (Fes) a organisé, mardi 28 mai à son bureau à Cotonou, un café politique. La rencontre intellectuelle modérée par l’experte en communication digitale Hermyone Adjovi, a porté sur la « crise de la démocratie en Afrique subsaharienne ». A l’occasion, les participants ont pris note des « regards croisés » de trois personnalités de divers profils. Steve Kpoton, consultant en gouvernance démocratique ; Miguel Houeto, experte en droits humains, égalité de genre et inclusion ; et enfin, docteur De-Laure Faton, enseignant chercheur et aussi expert en communication politique.

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« Il n’y a aucun moyen pour organiser les élections au Bénin sans fraude. Ce sont les textes qui l’autorisent. La fraude a commencé d’abord dans la constitution… » De-Laure Faton est sans doute le (plus) polémiste de la rencontre avec des affirmations incendiaires du genre. Connu pour son audace de parole, il s’est d’entrée « attaqué » à la modératrice. Aux mots introductifs d’Hermyone Adjovi, il reproche de reprendre un préjugé longtemps nourri sur l’Afrique.

La démocratie est, en effet, souvent présentée comme un emprunt occidental et le berceau de l’humanité considéré comme refuge d’absolutisme, de monarchies impitoyables où le roi cumulait tous les pouvoirs. De-Laure Faton s’inscrit en faux. On a jugé l’Afrique uniquement sur la base de l’alternance au pouvoir. Alors que, rectifie-t-il vigoureusement, la démocratie vaut plus. Au-delà du roi qui incarne la stabilité, il existait au sein des royautés bien d’autres « instances » de pouvoir ou « fonctions » qui contribuent à la bonne gouvernance du royaume. D’ailleurs, « le roi ne s’auto intronise pas », dit-il, soulignant que le roi est donc lui-même redevable au système.

Unanimement, les trois panélistes reconnaissent que la démocratie est effectivement en crise en Afrique subsaharienne : coups d’Etat perlés, mandats anticonstitutionnels, restriction des libertés fondamentales. « Le malheur du Bénin, c’est ça : le Bénin a une démocratie mais n’a pas de démocrates », diagnostique Steve Kpoton. La cause, l’opportunisme. «Les gens sont démocrates quand ça les arrange». Le consultant en gouvernance démocratique observe même que « la crise démocratique est mondiale ».

Au Bénin, Steve Kpoton déplore l’absence de formation au leadership. Un domaine où seules les fondations et institutions internationales présentes au Bénin comblent la démission des partis politiques qui devraient ouvrir des académies. Or le gros défi au Bénin depuis 1990 se résume à « qui devient président de la République, dans les mains de qui nous remettons les clés de la Marina… ? », dit-il.

Partis politiques ? il n’en existe pas au Bénin, enfonce De-Laure Faton face au public médusé. Mais, sûr de lui, l’homme précise sa pensée : sans socle idéologique, « les partis politiques » au Bénin ne méritent pas d’être reconnus comme tel.

De son côté, Miguel Houeto se montre « démocrate dur ». L’activiste soutient qu’une démocratie qui s’écarte ou ruse avec les « principes démocratiques » -dont la liberté d’expression- cesse de l’être. Elle s’oppose donc à toute endogénéisation de la démocratie qui, dans son entendement, est universelle avec les mêmes principes partout. La répression des libertés a conduit aujourd’hui à un « retranchement » explosif des populations et une « une forte léthargie ou une forme d’autocensure » chez la société civile.

Voici la transcription d’un extrait de leurs interventions.

Steve Kpoton : « Nous avons un problème de complexe »

Il y a un discours aujourd’hui qui est très apprécié : « la démocratie à l’africaine » ; on ne sait pas ce que ça veut dire. Quand tu poses la question aux gens, ils te disent « non, on avait les rois ». Dr De-Laure Faton a bien fait de décliner le droit constitutionnel non écrit qui existait en Afrique et qui organisait l’accession au pouvoir. Quand vous prenez des pays comme l’Angleterre et Israël, ils n’ont pas de constitution écrite mais qui ont une vie démocratique, une vie politique, toutes les institutions fonctions et ils n’ont pas besoin d’aller lire dans la constitution interprétée quelque part. Si on prend les corollaires de la démocratie point par point on peut dire ce que l’Afrique a fait de bien et ce que l’Afrique a fait de mal, et ce que l’Afrique peut améliorer et ce que l’Afrique peine à améliorer.

Je finirai par dire aussi que nous avons un problème de complexe. Nous nous comparons trop aux autres. Nous nous levons et nous voulons avoir la même démocratie que les Etats-Unis d’Amérique qui ont une histoire de 200 ans de démocratie. Leurs systèmes démocratiques ont eu le temps de produire des mécanismes, d’auto-mécanismes de gestion des résiliences, de crise que nous ne pouvons pas avoir aujourd’hui même après 30 ou 50 ans de pratique démocratique révolue. Malgré ça nous avons vu ces dernières années que même ces démocraties ont été sérieusement éprouvées. Vous imaginez, si un président africain après une élection a perdu et refuse de céder le pouvoir, vous voyez tout ce qui se passe. Mais Trump a pratiquement fait pareil aux Etats-Unis. Donc la crise démocratique est mondiale, l’Afrique a sa crise avec ses particularités et nous devons discuter de ces particularités et aborder des pistes de solution.

Miguel Houeto : « La société civile connaît une forte léthargie »

La thématique est d’actualité. Il suffit d’observer un peu autour de nous ce qui se passe. A côté de nous il y a quelque mois en arrière, nous avons vu un remue-ménage dans une Assemblée nationale où désormais il appartient au Parlement de désigner celui qui va gouverner le pays. A côté nous avons connu également des bouleversements au niveau étatique ; certains se sont vus prolonger leur pouvoir et ont encore cinq ans à faire. Dans d’autres pays vous avez la société civile qui bien que présente connaît une forte léthargie ou une forme d’autocensure.

Revenant sur notre terre, le Bénin, il y a bien d’exemples qui également illustrent cette crise. En discutant ce soir c’est une opportunité. Quand on regarde le parterre de personnes ici présent, on peut comprendre que cette autocensure, elle s’enfle. Il y a quelques années en arrière, un débat comme celui-ci aurait vu cette salle et la cour de la Friedrich Ebert remplies. Il y en a qui n’arrivait même pas à trouver de place. On se pose la question de savoir pourquoi ce recul d’intérêt, pourquoi malgré ce besoin d’aller vers quelque chose qui nous réunisse, pourquoi on sent cette autocensure s’enfler au jour le jour.

Dr De-Laure Faton : « On ne peut pas permettre que la démocratie soit ce qu’elle était en 1990 »

Au Bénin, nous sommes dans une phase de maturation de notre démocratie. (…) Il y a une phase de l’euphorie démocratique qui a caractérisé les années 1990 à 2005 et de 2005 à 2021 il y a basculement de la démocratie. Qu’il vous souvienne, de 1990 à 2005 il n’y a pas eu de bâillonnement de la démocratie. Les gens étaient libres de s’exprimer, la presse était libre. Le président Mathieu Kérékou disait : tant que mon nom vous permet de gagner votre pain, écrivez ! On n’a pas cherché à restreindre des libertés. Les syndicalistes étaient au bon moment de leur résistance.

En 2006 avec Boni Yayi, progressivement on a commencé par avoir les bâillonnements démocratiques. Les libertés ont commencé par être réduites progressivement sous Boni Yayi. Et de 2006 jusqu’en 2021, on a connu un pic. Depuis 2021, il y a une nouvelle phase qui entre en jeu ; il y a un relâchement. On est en train de rentrer dans une nouvelle phase qui permet de construire une nouvelle phase.

Après les deux premières phases : liberté totale et restriction, on rentre dans une phase maintenant de maturation. Puis on aura un peu de rétrécissement et un peu de liberté. On va réduire les restrictions de liberté, donner un peu de souffle…On ne peut pas permettre aussi que la démocratie soit ce qu’elle était en 1990, on ne peut pas permettre aussi ce qu’elle était entre 2006 et 2021. Alors il faut trouver un mécanisme. Le Bénin est en train de chercher ce mécanisme pour construire sa démocratie.

Miguel Houeto : « Dans un système démocratique les principes sont acquis et ils sont très fragiles »

La chute du docteur Faton me fait sourire, à savoir que le Bénin est dans une phase de maturation de sa démocratie. Et que dans les 15 années à venir on aura certainement à prouver notre modèle de démocratie.

J’ai envie de dire que je ne suis pas vraiment en phase avec cette chute. Parce que pour moi, la démocratie c’est quand même des principes ; ces principes pour moi sont et doivent restés intangibles. On a beau connaître des bouleversements, une maturation, une euphorie nous devons travailler à consolider certains acquis. Si nous n’arrivons pas à consolider ces acquis, c’est-à-dire que nous allons avancer d’un pas mais nous allons toujours reculer de dix pas. Est-ce là notre modèle démocratique qui s’adapte au Bénin ?

J’avoue que la réponse me laisse un peu perplexe. Parce que quand on me dit que « on va ouvrir un peu, on va serrer un peu les libertés fondamentales », et puis à côté on sera dans les deux, sommes-nous toujours dans un modèle démocratique tel que conçu, tel que pensé, respectant les principes que nous connaissons ? Pour moi, ça n’a rien de normal. On ne peut pas avancer avec un modèle démocratique et nous dire qu’on va faire l’option de bâillonner les libertés fondamentales, de faire reculer la liberté des médias, de faire reculer certain nombre de principes fondamentaux pensant qu’on va avancer.

On sent depuis quelques mois une forme –je n’ai pas envie de parler de relâchement- j’ai envie de dire que les gens sont dans une forme de retranchement ; il y a ce besoin d’expression, de réalisation des droits qui s’intensifie et qui fait que les gens n’arrivent pas à avoir le pain quotidien.

Beaucoup de besoins se chevauchent et dans la quête de la satisfaction de tout ceci, les gens sont prêts à tout. Ce qui veut dire que même les différentes mesures qui sont prises pour mesurer, pour mettre en bail un certain nombre de principes, de droits acquis, les autorités auront du mal à avancer. Et c’est ce qui justifie cette sorte de relâchement que nous observons. Ils ne relâchent pas parce qu’ils ont envie de relâcher, c’est mon analyse. Je suis militante, je sais de quoi je parle et j’assume mes propos.

Je finis en vous rappelant que la marche qu’il y a eu récemment, elle a été empêchée. Je n’ai pas envie de revenir sur les circonstances encore moins sur les motivations des unes et des autres. Il a fallu un certain nombre d’actions que nous avons observées de près ou de loin pour que cette marche soit réorganisée et qu’elle soit encadrée.

Donc vous comprenez que dans un système démocratique les principes sont acquis et ils sont très fragiles. Lorsqu’on n’arrive pas à les consolider, n’importe qui s’installe au pouvoir, en fonction de ses aspirations qui, si elles n’épousent pas celles de la population, aura cet élan spontané à faire reculer certain nombre d’acquis. Il nous revient au nom de la participation citoyenne de faire en sorte que les personnes qui nous gouvernent au Bénin ou ailleurs sachent que nous leur avons délégué un certain nombre de pouvoir mais pas pour faire ce qu’ils veulent.

Steve Kpoton : « Le Bénin a une démocratie mais n’a pas de démocrates »

Je suis très à l’aise dans le débat ; j’ai d’un côté un acteur politique et de l’autre une femme engagée. Donc je vais juste prendre le chemin de l’expert. D’abord, Friedrich Ebert a une phrase célèbre qui résume la démocratie : « il n’y a pas une démocratie sans démocrates ». Le malheur du Bénin, c’est ça : le Bénin a une démocratie mais n’a pas de démocrates. Les gens sont démocrates quand ça les arrange. Je suis désolé de le dire à mon frère De-Laure Faton. Aucun acteur politique au Bénin ne fait le combat de la démocratie. J’assume ! aucun acteur, il suffit d’observer.

Les gens sont interchangeables dans les deux camps. Il faut observer : les idées sont en fonction de la situation géographique de l’acteur politique par rapport à La Marina [la présidence de la République, ndlr]. C’est-à-dire quand on est proche du gouvernement, on pense que tout va bien ; quand on n’est pas proche, on pense que tout va mal. Donc c’est le malheur du Bénin et on peut faire une extension pour les autres pays africains.

Quel est le problème que nous avons ? Nous avons mis en place un système démocratique mais dans la pratique, ça pose de problème. Pour revenir sur la phrase de Friedrich Ebert, dans une démocratie vous avez les mécanismes mais vous avez un truc très important que les américains ont compris très tôt : le leadership. Quand on fait le débat sur la révision de la constitution au Bénin, il y a toujours une idée qui court depuis 1990 : le président de la République a trop de pouvoir. Le président de la République, qui peut avoir plus de pouvoirs que lui ? personne !

Mais le défi à nous c’est de s’assurer de « qui devient président de la République ? Dans les mains de qui nous remettons les clés de la Marina, de telle sorte que même s’il constate des failles dans la constitution, il, prendra sa main pour boucher au lieu de dire « je vais en profiter » ? Donc c’est le défi qui se pose à nous depuis et nous tournons en rond comme la chaise du coiffeur et on ne veut pas vraiment affronter le problème de face.

Sinon, les problèmes ont commencé sous Kérékou. C’est sous Kérékou qu’une cohorte de personnalités sont rentrées en politique et qui ont commencé par occuper des postes dans la haute sphère de l’Etat. Elles n’étaient pas entrées avec les idées mais avec l’argent. Ce message a été reçu par les jeunes. Moi je venais d’arriver fraîchement à Cotonou dans les années 2000. Tous les jeunes de Cotonou voulaient leur ressembler. Il y en avait qui exposaient dans leur salon des véhicules de luxe et tous les jeunes de Cotonou, à l’époque, disaient « tu connais chez telle personne ? il a des véhicules de tel collectionneur qui sont dans son salon ».

C’était des gens qui occupaient des postes dans la haute sphère de l’Etat. Quel est le message qu’on a ainsi envoyé aux jeunes : « Vous allez à l’école, finissez l’université ça ne va pas vous garantir une place dans la sphère de l’Etat ; vous avez des convictions, ce n’est pas ça qui va vous garantir une place. Mais si vous avez de l’argent, si vous impressionnez par le luxe, par le matériel, vous allez être députés » Regardez dans nos régions qui sont ceux qui sont régulièrement élus députés depuis 2003, pour limiter la casse à ça.

«Des gens qui deviennent ministres aujourd’hui sans savoir comment fonctionne l’Etat.»

C’est pour dire que la situation de la démocratie béninoise aujourd’hui est à l’image de l’histoire de la démocratie des trente dernières années du Bénin. Nous n’avons rien fait pour mériter mieux que ce que nous avons aujourd’hui. Regardez la formation des jeunes, c’est dans la main des fondations ou structures internationales au Bénin qui préparent l’avenir. Si ce n’est pas ça, quel est le parti politique qui forme les jeunes ? Les partis politiques, j’en ai connus les meilleurs ; il n’y a pas d’académie de jeunes qui forme comme les offres de formation sur le leadership et la gouvernance que nous avons dans les fondations et institutions étrangères. Et on s’étonne. Vous avez des gens qui deviennent ministres aujourd’hui sans savoir comment fonctionne l’Etat. Dans les relations institutionnelles, les dégâts qu’on constate sont là.

Donc ce qu’il faut dire c’est que nous n’avons rien fait pour mériter mieux que la situation que nous avons aujourd’hui. Et si nous ne faisons rien pour corriger ça, ça va être pire. Je ne caresse pas la même fleur d’espérance que dans 15 ans les choses seront meilleures. Au contraire, si nous ne retroussons pas vite les manches et commencions par faire notre mise à jour démocratique, ça risque d’être très difficile dans l’avenir.

Ce que dit Miguel est vrai : il n’y a pas de démocratie sans peuple. Il y a un profond désintérêt aujourd’hui de la chose politique. Même dans les campagnes quand les gens circulent, il n’y a personne pour les voir, il n’y a plus des enfants qui courent pour aller chercher les prospectus des partis politiques comme ce qu’on voyait. Ce sont des signaux que nous devons collecter et analyser. Notre génération a encore les moyens de faire quelque chose, parce que nous on a connu que la démocratie. Ça va être difficile de vivre sous un autre régime que la démocratie.

Que pensez-vous de la structure organisationnelle de nos partis ?

Dr De-Laure Faton : « On n’a pas de parti politique au Bénin »

On n’a pas de parti politique au Bénin. Je n’ai pas ma langue dans ma poche. Ce n’est pas parce que je suis acteur politique. On en n’a pas. Je suis universitaire. Vous savez, un parti politique, la définition classique c’est « un groupe de citoyens guidé par une idéologie ». Le fondement d’un parti c’est une idéologie ; tout ce qu’on fait se cristallise autour d’une idéologie. Dites-moi, au Bénin, quel parti politique défend une idéologie que tout le monde connait ?

  • [Moele-Bénin, répond une voix dans le public, ndlr].

Moele (Mouvement des Elites Engagés pour l’Emancipation du Bénin) ne défend pas une idéologie, Moele est de la mouvance. Etant de la mouvance, dites-moi quelle idéologie il défend ? Si Moele était un parti avec une idéologie, il aurait défendu une idéologie de son président. Le chef de l’Etat défend quelle idéologie pour que Moele-Bénin soit de la mouvance ? Il défend quelle idéologie pour que le Bloc républicain, auquel j’appartiens, soit dans la mouvance et que l’Union progressiste le Renouveau soit dans la mouvance ?

Un parti politique qui défend une idéologie se bat pour prendre le pouvoir et la réaliser à travers un projet de société. Tant que vous ne pouvez pas avoir une idéologie et vous battre pour la concrétiser dans votre gouvernement, vous n’êtes pas un parti politique. Tous les partis politiques bricolent au Bénin. On bricole. Et c’est à dessein que le législateur béninois a dit que l’idéologie est facultative dans les partis politiques. Allez lire la Charte des partis politiques au Bénin. Ça veut dire que, sur le plan dogmatique, on n’a pas de parti politique au Bénin parce que, un parti politique est caractérisé par une idéologie… On va trouver une terminologie pour désigner ce qu’on a au Bénin. (…)

Je défends une cause ; mon ambition, c’est comment faire pour rendre l’idéologie obligatoire dans les partis politiques. Je l’ai dit quand j’étais acteur de l’opposition. Je le redis maintenant que je suis de la mouvance. Ma position n’a pas changé. Parce que pour qu’un parti politique se batte, il faut que les citoyens sachent là où ils vont. Où va Moele-Bénin réellement avec son idéologie qui paraît claire mais qui soutient un gouvernement dont on ne connaît pas l’idéologie ?

On va alors essayer, en tant qu’acteur politique, parce que c’est mon combat, de faire tout pour qu’on impose l’idéologie politique. En ce moment on va juger les partis politiques à l’aune de leur idéologie et le combat se fera clair. Tout le monde fait le même combat et on ne sait pas quel combat. Si je suis un parti social-libéral je fais un programme ultra-libéral, mieux un programme républicain. Mais tout le monde défend un programme qui n’appartient à rien.

La maturation démocratique… Ce n’est pas une question des acteurs politiques. Ça les dépasse. C’est un mouvement social qui se met en place. Observez : depuis 1945, à chaque 15 an il y a une mutation, une même idée qui se structure indépendamment des acteurs. C’est une question structurelle au Bénin. Les quinze prochaines années, que ce soit Patrice Talon ou un autre président de la République, on vivra dans un système où les libertés seront restreintes et il y aura un peu d’ouverture. Après 15 ans ça va changer encore. Ce n’est pas moi qui le dis, il faut aller lire les théoriciens.

Aux acteurs de savoir jouer le jeu. Là où je rejoins Steve, on n’a pas de démocrates au Bénin mais on a des apprentis-démocrates. On ira progressivement vers les démocrates. On peut louer l’effort que chacun d’eux fait parce que ce sont nos textes qui amènent les gens à faire ce qu’ils font. On pouvait régler un problème en apportant la démocratie au Bénin mais on n’a pas résolu.

Il y a un problème qui se subdivise en trois : la limitation des mandats. Pourquoi le constituant béninois a limité les mandats ? Pourquoi a-t-on mis les verrous de 40 ans et 70 ans ? Pourquoi avons-nous mis en place un système qui autorise la fraude ? Le système, tel qu’on l’a instauré, c’est la fraude. Il n’y a aucun moyen pour organiser les élections au Bénin sans fraude. Ce sont les textes qui l’autorisent.

La fraude a commencé d’abord dans la constitution là où on a dit que celui qui n’a pas 40 ans ne peut pas être président. C’est une fraude. Je peux avoir 26 ans et avoir les qualités de diriger un pays. Pourquoi pensez-vous que si Joe Biden était béninois, il ne serait pas élu président ? Ceux qui étaient à la Conférence en 1990, ils se sont retrouvés entre eux pour frauder. D’abord la fraude a commencé par là. (…) La fraude a commencé dans les textes et les gens ont commencé par chercher les mécanismes pour la contourner…

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