Vous êtes ici
Accueil > Actualité > Réunification de l’Epmb : « Nous avons besoin de l’arroser » (Entretien avec l’ancien président Rév. Alagbada)

Réunification de l’Epmb : « Nous avons besoin de l’arroser » (Entretien avec l’ancien président Rév. Alagbada)

Rentré au Bénin dans le cadre d’une mission de sensibilisation contre la piraterie des œuvres littéraires, l’actuel directeur des Editions Clé Yaoundé, le Rév. Pasteur Dr. Nicodème Alagbada se prononce sur la réconciliation et la réunification de l’Eglise protestante méthodiste du Bénin (Epmb) qu’il a longtemps dirigée. Il fait des confidences sur ce processus, notamment l’implication du président Talon.

Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

Bénin Int. : Pour mémoire, vous êtes l’ancien président de l’Eglise protestante méthodiste du Bénin (Epmb) et de l’Organe transitoire de gestion (Otb). De la position de pasteur à celle d’éditeur, est-ce facile de concilier les deux ?

Rév. Dr. Alagbada : Je ne cesse de me poser moi-même des questions. Un pasteur qui subitement devient éditeur et qui rentre ainsi dans la politique commerciale, c’est normal que cela suscite des questions. Je suis en train de faire l’expérience de l’éthique chrétienne et de l’éthique commerciale. Pour avoir été président de l’Eglise pendant sept ans et président de l’Otg pendant un an, j’ai acquis des expériences dans la gestion de l’humain, pour ne pas dire la gestion des ressources humaines. En tant que directeur des Editions Clé, je suis en train de gérer les auteurs pour que leurs œuvres puissent être respectées et qu’ils ne soient pas lésés du fruit que devraient produire leurs œuvres.

J’ai pris service au niveau des Editions Clé le 1er  mai 2018 suite à l’Assemblée générale de février 2018 au cours de laquelle j’ai été élu 12 voix sur 12 voix. Nous étions quatre candidats et j’ai vu que c’était une grâce de Dieu. La première action après ma prise de service, c’était de redonner aux Editions Clé (Centre de littérature évangélique) sa vocation première qui consiste à accompagner l’Eglise dans sa mission. En dehors de cela, nous produisons des œuvres littéraires qui ne sont pas évangéliques ni théologiques mais qui ne sont pas contre la foi que nous professons.

Mais les pasteurs protestants méthodistes Béninois écrivent très peu.

Ils écrivent très peu parce qu’ils ne sont pas stimulés. Ils se posent la question de savoir qui va les éditer s’ils écrivent. Maintenant, moi en tant que directeur des Editions Clé, je m’attacherai à propulser les pasteurs de l’Eglises protestante méthodiste du Bénin pour qu’ils puissent écrire. Même les prédications, nous pouvons les rassembler et publier parce qu’elles comportent des messages qui peuvent édifier. Nous essayons d’encourager et les pasteurs et les prédicateurs à se mettre véritablement à la tâche.

Désormais loin de l’organe suprême de l’Epmb, comment la voyez-vous en cette ère post réconciliation et réunification ?

A mon retour au Bénin, j’ai eu une audience avec l’actuel président avec j’ai toujours gardé un bon contact afin de pouvoir suivre ce qui se passe. Ce que les gens ne comprennent pas, c’est que quand vous semez une graine de maïs, vous avez la chance qu’elle pousse, ou la malchance qu’elle ne germe pas. Pourquoi ? Parce qu’il y a les conditions climatiques, et aussi la négligence humaine. Quand vous avez mis ce grain de maïs en terre, s’il ne pleut pas et que vous ne l’arrosez pas, il ne poussera pas. C’est ainsi que j’ai compris l’œuvre de la réconciliation de l’Epmb. Nous avons besoin de l’arroser. Or, on ne peut réussir à l’arroser sans l’Esprit Saint, sans la parole de Dieu. Les cœurs qui ont été lésés, qui ont été blessés ont besoin de cette parole pour être guéris. Et je crois que l’équipe actuelle essaie.

Mais n’attendons-nous pas à un miracle du jour au lendemain pour que tout ce qui a été gâté puisse être aussitôt réparé. C’est sûr que cela va prendre du temps pour que la dignité de cette Eglise jadis unie, après séparée, et enfin réunifiée puisse être retrouvée. Ma prière est que les autorités actuelles soient beaucoup plus attentives aux soupirs des églises où la réconciliation n’a pas encore véritablement pris. Qu’elles ne se félicitent pas seulement de la surface alors qu’à la base, la réconciliation n’a pas encore pris.

Le rôle du président de la République Patrice Talon. Un politique qui réconcilie le religieux. N’est-ce pas indécent ?

Vous savez, les voies de Dieu sont insondables. Beaucoup n’ont pas compris. Même dans la Bible, il y a roi qui n’était pas juif mais que Dieu a suscité pour pouvoir aider le peuple juif à retrouver sa dignité. Le Chef de l’Etat, le président Patrice Talon, le jour où il est venu nous rencontrer il nous a dit de réciter le « Notre père qui es aux cieux ». Nous l’avons récité. Puis il nous a dit : « Qu’est-ce que vous tous dit ? » Nous lui avions répondu : “notre Père”. Il a poursuivi : « Vous avez un seul Père, non ? » Et alors ! Il dit, vous avez aussi dit « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». Et il continue : « Maintenant, est-ce que ce n’est pas le moment de pardonner à ceux qui nous ont offensés ? ». Tout le monde était vraiment désarmé. Moi, personnellement c’était l’exaucement de ma prière.

En effet, quand j’ai été élu en 2009 à Porto-Novo et installé en 2010 à Cotonou dans le Temple Shalom de Gbéto, j’avais dit que je place mon mandat sous le signe de la vérité, du pardon, de la réconciliation et de la réunification. Beaucoup avaient cru que c’était des mots vides de sens. Mais pendant mes sept ans, je n’ai fait qu’évoluer dans ce sens, parce que, il faut dire la vérité : d’où vient la crise ? Quand tout le monde comprend d’où vient la crise, on peut savoir qui a péché. Et si on sait qui a péché, il y a le pardon ; on va se pardonner. Et si on se pardonne on peut se remettre ensemble.

Quand le Chef de l’Etat nous a interpellés, alors qu’une décision de justice était en cours d’exécution, il a dit une chose : « Au point où vous êtes arrivés, pouvez-vous encore vous remettre ensemble ? Au point où vous êtes arrivés, pouvez-vous encore vous retrouver et vous asseoir ? ». Et je lui ai répondu : c’est possible, telle a été ma vision depuis. Il a dit d’accord. De  là les deux camps nous nous sommes entendus et nous avons évolué. Grâce à lui nous avons créé l’Organe transitoire de gestion (Otg) et pendant un an nous avons parcouru tout le Bénin pour écouter le peuple. L’écoute de ce peuple nous a permis de faire la synthèse, de faire ce que nous avons pu faire.

Le décompte des fidèles après la crise, qu’a-t-il révélé ?

Il me serait très difficile de répondre convenablement parce je n’ai pas les dernières statistiques. Mais ce que nous avons constaté, pendant la crise nous avons perdu beaucoup de fidèles. D’un côté comme de l’autre. Ceux qui voulaient adorer Dieu dans la paix, dans l’amour mais qui ne retrouvaient plus cette paix, cet amour dans l’Eglise en sont sortis. Quand nous nous sommes remis ensemble c’était ce à quoi nous avons pensé. Nous qui avons accepté de nous remettre ensemble pour faire la paix, nous sommes allés à la recherches des autres. Nous pouvons dire que les Temples se sont multipliés. Quand nous nous sommes remis ensemble nous avons décompté plus de 400 temples. Sur ce plan nous pouvons dire que nous avons évolué.

Quel est l’état de vos relations avec l’ancien président, le Rév. Dr. Moïse Sagbohan ?

Entre nous le courant passe très bien. Avant de commencer les activités à la tête de l’Otg, j’ai dû le rencontrer et je lui ai dit : « Président, au point où nous sommes arrivés-là, ne pouvons-nous pas faire la paix enfin ? » Et il m’a répliqué : « Président, c’est vous. Vous brandissez la grosse. Mais ça repousse les gens ! » J’ai dit d’accord, nous allons voir ce que nous allons faire pour ne plus brandir la grosse. Alors, lui et moi on a ri. Aujourd’hui, entre lui et moi il n’y a aucun problème. Même au niveau de l’Otg, nous l’avions invité pour recevoir ses conseils, particulièrement un que nous avions mis en pratique parce que, pour aller dans certaines églises de l’ex Epmb-Conférence, il fallait faire très attention. Mais il nous a facilité la tâche au niveau de la région d’Ekpe. Il a tout fait avec nous pour que la paix règne.

Merci.

 

 

2 thoughts on “Réunification de l’Epmb : « Nous avons besoin de l’arroser » (Entretien avec l’ancien président Rév. Alagbada)

  1. Un homme chez qui j’ai grandi. Un humble serviteur.
    Cher papa, Dieu vous bénisse , qu’il vous fortifie et qu’il soit votre lumière.

  2. Je suis un fidèle de l’EPMB / Temple SALEM de SAVÈ.
    Je salue l’esprit de clairvoyance du Révérend Nicodème ALLAGBADA. Il a été pour moi un Président exceptionnel de notre Église. Sa grandeur d’esprit de remarque aujourd’hui à travers sa fonction actuelle. Homme humble , disponible et disposé. Un Président que notre Église n’a jamais connu.

    DOUMATEY Mathieu

Laisser un commentaire

Top